A5S27 : 36 ans … et président ?

Je me suis lancé dans des projets fous au cours de ces 36 années d’existence. Le dernier en date, que je vous présentais à l’occasion des vœux, n’est pas le plus simple mais certainement l’un de ceux qui a le plus de sens à mes yeux. Donner à mon sport, qui m’a permis de m’épanouir, autant qu’il m’a donné. Oui, 36 ans, ça fait jeune pour un président de fédération. Mais quand on aime, on ne compte pas.

Un équilibre entre « sagesse » et « dynamisme »

On a beaucoup parlé, dans le sillage des révélations de violences sexuelles dans le sport, de la sous-représentation des femmes dans la gouvernance des fédérations. Une seule femme présidente d’une fédération olympique d’été, c’est incompréhensible. Surtout quand, dans certaines, 90% des licenciés sont des licenciées.

Mais il y a une autre donnée statistique qui peut faire autant réagir : la place des « jeunes ». Sur les 33 fédérations olympiques d’été, la moyenne d’âge est de 65 ans avec un mandat moyen de 9 ans. Le plus jeune a 49 ans, le plus âgé 82. Bien sûr, on pourra m’opposer que diriger une fédération requiert de l’expérience. D’avoir gravi les échelons. Mais à force de rallonger les parcours bénévoles, quelle est la connexion des élus actuels avec le terrain ?

Il y a également la question de la disponibilité. Être président de fédération aujourd’hui revient à diriger une PME. Donc nécessite du temps, de la gestion des ressources humaines et financières. Pour autant, le code général des impôts (article 261-7d) autorise la rémunération des dirigeants « d’organismes d’utilité générale ». Alors il faut se donner les moyens de ses ambitions pour nos disciplines.

Donc, certes, 36 ans mais l’énergie de suivre mes rêves et la volonté de m’y investir autant qu’il faudra.

Enfermé dans une case

Certains n’auront aucun scrupule à m’enfermer dans la case « bobo écolo » sans prise avec le haut-niveau. Après tout, qui suis-je ?

  • J’ai à la fois un doctorat de mathématiques appliquées et un master en STAPS. Dans quelle case dois-je me mettre ?
  • Après 12 années de présidence de club (je le suis encore), ne suis-je pas à même de me mettre à la place des dirigeants qui luttent au quotidien pour pérenniser leurs associations ?
  • J’ai été dirigeant de comité et de ligue. Ne suis-je pas à même de jauger le grand écart que les organes déconcentrés doivent réaliser sans cesse ?
  • Je termine ma 4ème année de responsabilité d’une commission fédérale avec plus d’une douzaine de réunions sur l’olympiade. Et comme héritage :
    • 3 colloques sur l’impact sociétal du sport
    • Un état des lieux de la stratégie fédérale « développement durable »
    • Le lancement d’une nouvelle stratégie, intitulée « badminton responsable », qui est par nature transversale et au service de tous les badistes
  • J’ai vécu les Jeux de l’intérieur à Londres. Mais aussi les championnats de France intercodeps de l’intérieur. J’ai couvert les ICN pour BadZine. J’ai organisé des dizaines de tournois. De quoi être au plus près des badistes de tous niveaux. Et comprendre à la fois leurs attentes et les enjeux.

Juger la personne est toujours plus aisé que de juger l’ensemble d’un programme. La démarche que nous portons se veut avant tout globale et collective. Parce qu’une fédération, c’est une communauté, un écosystème complexe et interdépendant.

Président 2.0 ?

36 ans … et président ? Ou co-président ? Ou tout simplement meneur d’équipe ? Le temps où le processus de décision était centralisé dans une tour d’ivoire est dépassé. Car la société évolue, au gré des crises et des menaces. Le sport se doit de suivre le mouvement pour continuer d’exister au-delà de la simple activité physique.

Finalement, que veut dire « être président » au 21ème siècle ? Incarner sa fédération. Impulser une dynamique. Partager une vision. Animer une communauté. Manager une grande équipe. Ecouter. Être toujours là où il faut, quand il faut. Savoir se remettre en cause. Fédérer toutes les parties prenantes. Evaluer. Innover.

Nous avons lancé un observatoire des pratiques pour donner les clés de lecture des élections fédérales à l’ensemble des badistes. Ainsi, chacun·e pourra être à même de contribuer à un projet qui sera au plus proche des attentes des territoires. Un projet co-construit qui ressemble à la communauté dans sa diversité. Un projet fédéral qui repose sur les missions d’accompagnement du haut-niveau et de démocratisation des pratiques.

Déjà, la presse annonce une guerre des chefs avec, en particulier, des anciens athlètes de haut-niveau qui veulent s’impliquer [1]. Mais la gravité de la situation que traversent la société et le monde du sport implique de dépasser ces clivages. Nous devons collectivement réussir l’olympiade qui vient. Paris 2024 sera un juge de paix quant à la capacité de chaque fédération de se réformer et d’oser se réorienter vers une mission prioritaire : contribuer à un projet de société où le sport a toute sa place, que ce soit dans sa dimension spectacle, sa dimension émancipatrice ou sa dimension bien-être. Ensemble, réalisons ce rêve.

[1] Le badminton fait figure d’exception avec seulement deux anciennes badistes de haut-niveau qui se sont impliquées dans la gouvernance de la fédération sur la dernière décennie.

Un commentaire


  1. des constats évidents…..et des propos argumentés par une logique bravo pour ton engagement et ton courage d’évoquer toute au long de ta campagne des sujets…..soit disant “tabous”. merci pour ta transparence.
    amicalement

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