A5S22 : incertitudes et questions dans les clubs

La crise actuelle rend difficile toute projection. En particulier, les associations sportives sont confrontées à la fois à des problématiques concrètes (adhérents, salariés) et à des questions existentielles (pérennité, développement). Tour d’horizon des dossiers qui hantent les dirigeants de club de badminton, à court et plus long termes.

Les questions à court terme

  1. La gestion administrative : comment tenir les AG ?

L’ordonnance 2020-321 autorise des dérogations pour la convocation et la tenue des assemblées générales : en particulier, les AG peuvent se tenir sans la présence physique des membres ayant le droit d’y assister. Ainsi, la visio-conférence, sous réserve d’outils fiables, est donc envisageable pour permettre ce temps d’échange fondamental pour la vie des associations.

  1. La reprise

Les passionnés en manque de volants l’espèrent depuis de longues semaines. Les gymnases peuvent rouvrir le 2 juin ou le 22 juin selon les zones dans le respect des règles de sécurité et sous réserve de validation par les collectivités. Le ministère préconise la pratique en simple uniquement et avec marquage des volants (en attente du guide validé par le ministère). Mais des limitations du nombre de pratiquants sont nécessaires pour limiter les risques. D’où un casse-tête en perspective pour la construction des protocoles de reprise et pour la gestion des flux.

  1. Le lien social

L’activité physique a été rendue possible par les sessions en direct des éducateurs de club (et par les applications numériques). Mais pour en faire une pratique sportive à part entière, il manque la dimension sociale. Les retours des clubs font état d’une très grande difficulté à garder le contact et à créer de l’interaction. Le retour massif des adhérents en juin puis la saison prochaine suscite donc de nombreuses inquiétudes.

  1. Les finances des clubs

Nombre de tournois de bad se déroulent habituellement en fin de saison. Et sans eux, c’est la perte de recettes importantes dans le cadre du modèle économique des clubs. Si certaines dépenses sportives ont été évitées, elles ne compensent pas les dépenses structurelles : la pérennité des emplois est en jeu.

Lancée par le CNOSF, le CPSF et la fondation pour le sport français, la plateforme SoutiensTonClub vise à soutenir les associations sportives, avec toutefois deux nuances à apporter :

  • Les passionnés de sport, pour certains impactés financièrement par la crise, pour tous privés de pratique, ne sont peut-être pas dans les meilleures dispositions
  • Certains clubs ont effectué la procédure de rescrit fiscal et peuvent à ce titre toucher 100% des dons en échange d’un reçu fiscal, contre 85% à travers la plateforme (10% étant alloués à un fonds de solidarité)

La démarche est louable mais sa portée sera peut-être limitée. A ce jour, moins de 60 clubs (et 1 comité) se sont inscrits.

  1. Le monde scolaire

Absent de la communication fédérale, le programme Sport, Santé, Culture, Civisme du ministère de l’éducation nationale est une porte ouverte aux associations pour venir proposer des activités sportives dans les écoles, collèges et lycées. C’est une opportunité pour les clubs de badminton de maintenir un temps de travail pour leurs éducateurs avec un soutien public.

En revanche, le dispositif de la carte passerelle a été largement médiatisé. C’est une occasion de nouer des liens avec les écoles primaires (CM1-CM2) et d’alimenter les écoles de bad. Mais cela renforce aussi la concurrence et accroît l’importance de l’accueil sur les premières séances.

Le “bad” est (temporairement) mort, vive le “AirBad” !

La crise sanitaire aura engendré une perte de repères pour les dirigeants de club, notamment à cause du AirBadminton. Chronologie d’un rendez-vous manqué :

  • 11 mai : parution du guide ministériel, le badminton fait partie des disciplines interdites. Seule éclaircie, une phrase sibylline [1] qui laisse la porte ouverte à des activités de remise en forme. Mais des collectivités se sont emparées de ce guide pour refuser des initiatives de clubs de badminton en extérieur sous prétexte que c’était un sport « interdit »
  • 12 mai : le président de la FFBaD s’adresse en vidéo aux badistes pour les inciter à pratiquer en extérieur … sauf que le volant dédié à cette pratique (AirShuttle) n’est pas disponible … au contraire de copies qui ne sont pas homologuées et qui ne présentent pas du tout les mêmes caractéristiques que l’original
  • 15 mai : la FFBaD enfonce le clou à coup d’articles dans la presse, allant même jusqu’à affirmer que « le AirBadminton est une forme aboutie du badminton» … mais toujours pas d’autorisation ministérielle
  • 25 mai : enfin, un guide des sports à reprise différée est publié, autorisant la pratique du AirBadminton. La FFBaD publie alors un guide de reprise des activités à travers « le badminton en plein air », avec une lettre type pour demander des autorisations aux collectivités. Mais il reste des questions ouvertes cruciales, comme la couverture des entraîneurs et des pratiquants en matière d’assurance [2]

La communauté a été prise de vitesse. On lance en même temps la reprise des activités des clubs et le AirBadminton. La première est attendue désespérément tandis que le second est une nouveauté, porteuse d’autant de menaces que d’opportunités. Créée officiellement en mars 2019, cette nouvelle discipline était en cours de codification (règles, matériel) et en attente de disponibilité du AirShuttle.

De fait, des mairies s’interrogent peut-être sur le fait de réduire les créneaux des clubs dans les gymnases pour les remplacer par des créneaux de plein air. Le résultat d’une communication fédérale qui interroge.

Il faut rapidement replacer le AirBadminton dans le cadre d’une stratégie de développement des clubs. Aller au-delà de la simple substitution temporaire du bad par le AirBad en attendant la réouverture des gymnases. Aller au-delà d’une simple demande aux collectivités d’installer des terrains en extérieur.

Le AirBadminton est au badminton ce que le beach-volley est au volley-ball : une discipline associée, potentiellement un outil de promotion et un élément d’un nouveau modèle économique. A condition de saisir les enjeux.

La FFBaD s’est doté d’un chargé de mission (Louis Georgeonnet), offre un soutien financier à l’investissement. Il manque un document stratégique.

Les questions à plus long terme

Les dirigeants de club se projettent déjà dans la saison 2020-2021 avec deux questions concrètes :

  1. La fidélisation

La cellule de crise du CNOSF table sur une baisse du nombre de licenciés allant jusqu’à 30%. De même, la cellule de crise financière de la FFBaD évoque entre 10% et 30%. Les causes peuvent être multiples : la baisse du pouvoir d’achat des badistes, le remplacement par des applications numériques, la perte d’habitude d’aller au gymnase, …

La FFBaD envisage d’offrir la licence 2020/2021 à ceux qui se sont licenciés après le 1er mars. Certains clubs ont déjà débloqué des enveloppes pour faire un geste. Ce n’est en aucun cas un remboursement de cotisation, laquelle est un acte citoyen de soutien au projet associatif. C’est une politique sociale, un encouragement à revenir pratiquer, dans de meilleures conditions, dès que ce sera possible.

  1. La pérennisation des emplois

Les premières victimes seront les professionnels du badminton. Face à des difficultés financières, les clubs pourraient décider de réduire la voilure en matière d’encadrement. Un plan de relance pour le monde sportif est envisagé. La solidarité est avancée. Mais la communauté veut aller de l’avant. En dépit de la crise, de nombreuses annonces de postes sont publiées dans les clubs (Besançon, …), les comités (Drôme-Ardèche, …) et les ligues (Grand Est, …). Un signe de bonne santé et d’optimisme.

Pour la communauté, il y a une troisième question qui se pose : les élections fédérales dans les comités et ligues (administrateurs et « grands délégués ») et à la FFBaD (administrateurs). Entre la crise de 2020 et les Jeux de 2024, c’est l’avenir du badminton fédéré qui se joue.

Les circonstances sont exceptionnelles. Les inquiétudes sont nombreuses et légitimes pour les dirigeants et les dirigeantes de club en matière de publics (ré-adhésions), de moyens (humains et financiers) et de responsabilités.

La solidarité entre clubs, la consultation de l’ensemble des parties prenantes, le partage d’expériences, un discours fédéral fiable et crédible, … Autant de leviers pour limiter les risques d’effondrement de notre communauté.

[1] « les activités de type préparation physique généralisée et/ou de développement d’habiletés motrices individuelles (gestuelle) peuvent être envisagées et proposées par les associations »
[2] Suite à la parution de notre article, la FFBaD nous a contactés pour nous assurer que Generali couvre bien toutes les activités en extérieur

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *