A5S17 : le badminton à l’épreuve du coronavirus

On a tout dit ou presque sur l’impact de la crise sanitaire actuelle sur le sport. Ce nouveau coronavirus perturbe tous les projets. Il impacte tous les secteurs et annihile les ambitions. Il fait vaciller les institutions. Intéressons-nous ici plus concrètement aux conséquences pour les clubs de badminton.

Les enjeux sanitaires sont clairs :

  • Désengorger les services de réanimation
  • Protéger les personnes les plus fragiles
  • Réduire les risques de la sédentarité imposée par le confinement

Mais qu’en est-il des enjeux sociaux, économiques et plus généralement sociétaux pour les associations sportives ?

Des conséquences pour les clubs …

Parmi les sujets d’inquiétudes pour les associations de badminton, on peut citer :

  • La rupture des dynamiques associatives : les badistes ont l’habitude de venir sur tel créneau, créneau qu’ils ne vont pas fréquenter pendant quelques semaines
  • Le risque économique :
    • Certains clubs n’avaient pas encore organisé leur tournoi et seront donc privés des ressources financières associées
    • En matière de fidélisation, comme évoqué dans le point précédent, il y a un risque de ne pas faire le plein à la rentrée de septembre : perte du rythme ou tout simplement déficit d’argent
    • Les caisses des collectivités et des entreprises seront impactées, privant potentiellement les associations de subventions ou de sponsors
  • Le risque sportif : être un club amateur ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’ambition sportive. La “saison blanche” et l’annulation des tournois/championnats mettent un coup d’arrêt au volet sportif des projets associatifs
  • Il ne faut pas oublier non plus les badistes de haut-niveau. Leur situation précaire est renforcée par l’absence des tournois et donc de gains potentiels

La crise liée au coronavirus consacre les applis de sport et les jeux vidéos (“l’e-sport”). Ils sont donc une menace pour l’avenir des clubs. Mais peut-être est-ce l’occasion d’une prise de conscience. Le sport n’est pas qu’une activité physique (ça on peut l’avoir), c’est aussi une interaction sociale (ça on ne l’a plus).

Globalement, les principales victimes sont les professionnels du badminton, salariés des clubs, vendeurs de matériels, … Les associations continueront d’exister mais potentiellement en arrêtant les activités les plus onéreuses. La conséquence pourrait être un nombre important de licenciements. Et donc la réduction de ce qui fait la plus-value des clubs par rapport à une pratique libre.

… et pour la fédération

Pour la FFBaD, les pertes sont nombreuses également :

  • Les participations fédérales de 2€ sur les tournois prévus de mars à juillet
  • Les quelques licences saisies en fin de saison (en 2018/2019, 4000 licences avaient été saisies sur les 4 derniers mois)
  • Les produits des championnats et formations prévues d’ici juin
  • Le soutien financier aux organisateurs de championnats pour les frais déjà engagés
  • Sans parler de la menace qui plane sur les Yonex IFB 2020 (et ses 1.8 million d’euros de budget)

A mettre en regard des économies réalisées sur les frais de fonctionnement. Ainsi que sur les compétitions internationales auxquelles les collectifs France devaient participer.

De telles crises font apparaître les failles des institutions, leur fragilité, mais aussi leur capacité à innover face à l’adversité, à faire preuve d’adaptation. Avec du recul, il faudra analyser les décisions sportives, économiques, sociales, pour évaluer la résilience du badminton français.

Le sens des priorités

On nous enjoint à profiter de ce temps particulier pour nous interroger sur l’organisation de nos vies, sur nos priorités. Le confinement va inévitablement nous faire toucher du doigt ce qui nous importe réellement : des amis, des habitudes, des lieux, … Le service public reprend soudainement tout son sens aux yeux de la population. Mais qu’en est-il du service public du sport ?

Le sport n’est pas un sujet prioritaire pour l’instant. Mais dans la société de demain, quelle sera sa place ? Pour l’Etat, la santé est érigée au rang de priorité absolue sans contestation possible. Il y a donc un risque que, comme pour le budget, le sport soit considéré uniquement comme un divertissement, un loisir, une variable d’ajustement, et non comme une brique indispensable de la maison France.

Pour notre santé mentale, il semble bénéfique de nous projeter. On ne sait pas de quoi demain sera fait. Pourtant, il est nécessaire d’anticiper. D’imaginer ce que pourrait être la vie d’après. De se prémunir de la prochaine épidémie. De construire un monde meilleur, plus égalitaire, solidaire, altruiste et résilient.

Peut-être que rien ne changera. Peut-être que des comportements changeront. Mais si le sport veut continuer d’exister autrement que comme un spectacle, il doit se poser la question de son utilité.

Coronavirus : un mal pour un bien ?

Certains, comme le président de la fédération française de baseball et softball, sont persuadés que, dès que ce sera possible, les français se précipiteront dans les lieux de pratique sportive. Les premiers résultats de l’enquête menée par La centrale du sport et Sport&Citoyenneté donnent également de l’espoir sur les dynamiques bénévoles.

Cette crise peut (doit ?) être l’occasion de réinventer le club. De repenser son rôle sur son territoire. D’innover par exemple dans les dispositifs de reprise d’activité :

  • Organiser de grandes fêtes du sport cet été (des challenges multisports, des activités bad-barbecue, …)
  • Demander l’ouverture de gymnases traditionnellement fermés pendant la période estivale
  • Organiser des tournois à plusieurs clubs pour accueillir un public plus large
  • Lancer une grande action solidaire par le club au bénéfice des personnels soignants ou en mémoire de ceux qui nous auront quittés
  • S’appuyer sur le lancement d’une nouvelle discipline, le AirBadminton (si volants …), pour susciter l’envie de courir dans un gymnase à la rentrée
  • Faire fonctionner l’intelligence collective pour contribuer à la reconstruction du monde

L’Esprit Bad, ce n’est pas (que) taper dans un volant. C’est faire preuve d’esprit d’équipe face aux périls qui nous menacent.

“[…] lorsque la fin du match sera sifflée, l’un des défis sera de libérer, enfin, le potentiel du sport en matière d’impact social.” (David Blough, tribune pour France Info)

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