A5S1 : penser le gymnase autrement

Aujourd’hui, le gymnase est un lieu de consommation de sport. Demain, il doit se réinventer pour justifier sa place dans la société française en tant que lieu de vie, de citoyenneté et de santé : un tiers-lieu dédié à l’innovation sociale. Retour sur 2 années d’un rêve un peu fou, le Nid du Colibri, fait de réflexions, de discussions passionnées et d’échanges entre entrepreneurs sociaux via MakeSense.

La genèse du projet

Tout est parti d’un triste constat : la mairie de Vimoutiers a décidé de fermer son centre d’hébergement. Vous ne connaissez pas Vimoutiers ? C’est une ville de Normandie qui permettait de faire des week-ends « bad », avec hébergement, restauration et gymnase à disposition. Certains clubs en sont des habitués.

Et si c’était une idée à creuser : organiser des week-ends conviviaux pour les clubs de badminton ? Ce fut le point de départ de ma réflexion. Elle s’est étendue à ce que pouvait représenter un gymnase et ce qui pouvait s’y faire dedans, en combinant des compétences d’architecte et une expérience de 20 ans dans le badminton.

De fil en aiguille, de discussions en discussions, le projet a pris forme. J’ai alors suivi le MOOC porté par Ticket for change et HEC « devenir entrepreneur du changement ». Une expérience magnifique validée par une certification : des témoignages, des retours d’expérience, des personnalités soucieuses de l’intérêt général qui n’ont pas eu peur de suivre leurs rêves et leurs idées folles.

Et puis en 2019, ce fut le programme « Sprint » de MakeSense pour les entrepreneurs sociaux. L’occasion de rencontrer des personnes formidables, avec des idées qui le sont autant. Mais également le constat que le sport n’est pas encore perçu ni ne se considère comme un acteur engagé du changement.

Ces différentes étapes m’ont permis de questionner le sens des activités qui se déroulent à l’intérieur d’un gymnase.

Gymnase, lieu de pratique sportive

Ne nions pas que sa mission première reste la pratique sportive. Pour le badminton, il existe un certain nombre de contraintes à respecter pour garantir la bonne qualité de jeu (cf. règles techniques) :

  • Un sol pas trop glissant mais pas trop dur, idéalement avec seulement un tracé sportif (de badminton) et des terrains respectant les distances réglementaires
  • Un plafond suffisamment haut (disons 9m) et sans obstacles
  • Un éclairage qui permette de bien voir le projectile (minimum 750 lux et préférentiellement pas dans l’axe des terrains pour ne pas éblouir les joueurs)
  • Des murs de couleur foncée pour permettre de distinguer le volant et sans verrière, tout du moins pas dans l’axe des terrains et seulement orientées vers le nord
  • Un chauffage autre que par soufflerie pour maintenir une quinzaine de degrés
  • Des vestiaires et toilettes en nombre suffisant et accessibles à tous
  • Des tribunes idéalement amovibles

Ça, c’est pour la partie incontournable. Reste à savoir ce qu’on y fait dedans. J’ai brossé dans un précédent article une vision du club de badminton idéal, acteur socio-éducatif de son territoire et non simple prestataire de service à la gloire de la consommation du sport.

Le gymnase spécifique, outil indispensable d’un projet « bad pour tous »

Pour jouer ce rôle, le club doit pouvoir disposer de créneaux en nombre suffisant :

  • Adaptés à des publics spécifiques : jeunes par catégories d’âge et par niveaux, adultes à aspiration « loisir », adultes à aspiration « compétition » répartis par niveaux, des créneaux pour des publics à mobilité réduite ou présentant des handicaps psychiques ou mentaux, des séniors, des personnes en recherche d’emploi, …
  • Mixtes, que ce soit de la mixité intergénérationnelle ou de la mixité de niveaux pour créer de l’émulation entre les groupes
  • Adaptables pour prendre en compte les contraintes de jeunes parents, de jeunes étudiants, …

Et bien évidemment, pour un projet ambitieux et universel, il faut pouvoir pratiquer quasiment toute la semaine. Ou alors avoir un plateau de jeu important (au-delà de 8 terrains) pour pouvoir séparer les publics et animer les séances (car il ne suffit pas d’ouvrir un créneau pour en faire un vrai créneau interactif).

Arriver avec un projet purement sportif suffit rarement à convaincre une collectivité territoriale. D’où l’idée d’avoir un projet sportif étoffé d’un projet sociétal fort qui change le regard sur le gymnase : on passe d’un lieu de consommation/divertissement à un lieu utile pour le dynamisme du territoire et pour la cohésion de sa population.

Au-delà du sport

Partant de ce constat, rêvons un peu. Si un club veut pouvoir pratiquer 7 jours sur 7, il peut aussi concevoir de gérer intégralement l’infrastructure (par exemple à travers un bail emphytéotique, comme Don Bosco à Nantes). Et une fois en charge du gymnase, le club peut y insuffler sa vision, sa philosophie pour en faire un lieu d’éducation, de vie, un laboratoire social, un exemple du point de vue énergétique, … avec entre autres :

  • Une garderie en parallèle des créneaux adultes, voire une crèche fonctionnant de 7h00 à 22h30
  • Un pôle santé regroupant médicaux et paramédicaux, à l’instar des maisons « sport-santé » promues par le gouvernement
  • Une salle de convivialité avec cuisine, qui serve de buvette pour les événements et de lieu de rassemblement le reste du temps, permettant ainsi aux personnes isolées de venir y prendre leurs repas
  • Un espace de co-working
  • Des salles de réunion pour le monde associatif
  • Une ressourcerie pour donner une seconde vie aux produits du quotidien ainsi qu’aux matériels sportifs
  • Un potager éducatif, voire des ruches, …
  • Un centre d’hébergement d’une quarantaine de lits

Un tel outil répond ainsi aux objectifs de ce projet associatif au service de la société.

Un modèle économique …

Mais il faut alors un modèle économique pour assurer le fonctionnement du gymnase (on n’évoque pas ici la question du financement de la construction). Quels sont les coûts inhérents à ce fonctionnement ?

  • Les fluides (électricité pour l’éclairage et le chauffage, eau pour les douches/toilettes et pour le nettoyage)
  • Les frais d’entretien
  • Les salaires et charges des éventuels personnels
  • Les assurances
  • Les frais liés à la sécurité

Et tout cela indépendamment des matériels sportifs. D’où les ressources potentielles :

  • L’événementiel sportif :
    • Week-ends conviviaux pour les clubs de France voire des week-ends sportifs et culturels pour les clubs du monde entier
    • Compétitions (donc tribunes)
    • La location de terrains
  • L’événementiel social :
    • Assises de l’éducation, expositions, spectacles
    • Job dating
  • L’événementiel pour les acteurs du territoire :
    • Evénements de cohésion pour les salariés d’entreprises
    • Locations de salles de réunion pour les associations
    • Loyers d’incubation

La location de terrains n’est pas ici la finalité première, comme cela peut l’être dans certaines structures (BadHit, +2bad Arena, certaines mairies) mais un complément de revenus (comme Planet’Bad) qui ne vient pas se substituer à la vie associative.

Et autant d’idées que les membres de l’association pourraient avoir. Par exemple, pour diminuer les coûts de nettoyage, l’idée est de faire de cette infrastructure un bien collectif, tel un gymnase participatif. Tous les pratiquants en deviennent responsables et effectuent, en alternance, le ménage.

Pour aller dans ce sens-là, je propose de faire évoluer le modèle sportif vers une séparation de la partie socio-sportive et la partie gestion de l’infrastructure à travers des prestations de service. La première échoit à une association classique, résidente. La seconde à une société coopérative d’intérêt collectif (SCIC) dont les différents collèges comprendraient les utilisateurs, la collectivité, les salariés, les donateurs.

… pour plus tard

Voici tous les détails de ce projet : dossier à télécharger.

Après 2 ans de réflexions passionnantes, ce beau projet est pour l’instant en pause, faute de financement initial pour construire ce gymnase de demain. Le projet « maison du bad » de la FFBaD pourrait être pilote sur ce type d‘infrastructure. D’où un autre projet qui a pris la suite dans ma tête …

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