A4S52 : le club de mes rêves

Dans un monde où tout s’achète, la perception de l’association sportive a évolué : les adhérents pensent être des consommateurs qui ont payé une prestation. L’esprit de la loi de 1901 où l’adhésion est « une contribution à un projet associatif dans lequel on croît » a été oublié. Pour que le club reste un lieu de vie et de partage, il faut repenser son action. Voilà le club de mes rêves :

Pourquoi réinventer le club sportif ?

La question du sens est centrale à mes yeux : pourquoi jouer au badminton ? pourquoi s’inscrire dans un club ? Les associations caritatives, humanitaires et sociales souffrent moins de cette vision clients/prestataires que les clubs sportifs. C’est donc que la question de la finalité n’est plus évidente. Le sport est un prétexte pour rassembler et non un bien de consommation.

Au-delà du phénomène de société, nos politiques associatives ont peut-être également enfermé les adhérents dans un rôle de consommateur. A trop parler de pratique et d’ouverture de créneaux, le destin collectif est passé au second plan. Le badminton brille par sa convivialité et sa mixité. Pour autant, sur le terrain, le clanisme s’est installé sans que les dirigeants n’y trouvent de parade.

L’enjeu est donc de changer le regard des citoyens sur l’utilité du sport. S’il est restreint à sa seule dimension de loisirs, alors il est voué à ne plus être qu’un produit de consommation. L’essor des structures lucratives avec des courts à louer serait donc inéluctable, entraînant la mort des clubs. Qu’est-ce que ces derniers peuvent alors apporter de plus ? Tout !

« A l’instar de certains pays, je souhaite que le sport soit reconnu comme vecteur de bien être, de développement personnel et d’inclusion sociale. Il s’agit de créer les conditions d’une offre sportive pour tous et partout. C’est à cette condition que la pratique régulière d’une activité physique et sportive sera intégrée au mode de vie de tous, constituant progressivement un véritable fait culturel. » (Edouard Philippe, lettre de mission à F. Gatel et F. Cormier Bouligeon)

Pratiquer quand on veut, où on veut et avec qui on veut est confortable mais vide de sens et peu enrichissant, en-dehors d’un indiscutable bienfait sur la santé. Mais pas de lien social, pas de valeurs à partager ou à véhiculer, pas de souvenirs en commun, pas d’épanouissement à travers le bénévolat, … c’est ainsi la consécration de l’individualisme aux dépens du collectif.

Face à cet écueil, le club doit montrer ses apports en matière d’épanouissement, d’éducation, de cohésion, de contribution à l’attractivité d’un territoire, mais aussi de résilience individuelle et collective.

  • L’individu peut trouver au sein d’une association une seconde famille, des amis voire l’âme sœur ; autant d’éléments pour affronter les aléas de la vie
  • Le territoire peut faire face à des difficultés économiques ou démographiques ; la mise en avant de sa richesse patrimoniale, culturelle et sportive peut alors devenir un atout

En conclusion, l’avenir du club passe par un objectif clair : réenchanter la société par le sport.

Comment ?

Comme évoqué précédemment, la première étape consiste à revoir l’objet associatif (l’article 2 des statuts) des clubs sportifs. Il faut l’ouvrir sur la société pour faire du club un acteur socio-éducatif de son territoire et ne plus se focaliser sur « le développement et la promotion de la discipline ». Cela guide toute la politique associative. L’important est de considérer les bienfaits de la pratique et de la vie en collectivité plutôt que sur la pratique elle-même.

Ensuite, face aux dérives consuméristes, il faut impliquer pour fédérer. Les adhérents sont consommateurs et indifférents à l’intérêt général tant qu’on ne les associe pas aux processus de décision, tant qu’on ne leur démontre pas les bienfaits d’un projet commun, tant qu’on ne les fait pas rêver.

Pour impliquer, la co-construction du projet associatif peut s’avérer déterminante : que voulons-nous faire ensemble ? pourquoi et comment le faire ? Ce projet, indispensable pour les demandes de subvention, permet également de présenter l’ambition et la vision du club. Il peut par exemple s’articuler autour de piliers tels que :

  • Contribuer à l’éducation des futurs citoyens
  • Prévenir les maladies, soigner corps et âmes
  • Créer une dynamique humaniste et solidaire
  • Offrir un espace d’épanouissement où chacun peut s’aligner avec ses valeurs
  • Intégrer socialement tous les publics par la pratique ou autour de la pratique
  • Fédérer tous les réseaux d’acteurs du quotidien au service de l’intérêt général

Pour casser ce principe de consommation du sport à travers le club, voici quelques pistes :

  • Groupes d’inspiration collective : l’idée est d’inclure dans les activités du club à la fois la pratique du badminton ET la participation à au moins l’une de ces commissions, ce qui fait de facto de chaque adhérent un bénévole. Ces groupes d’inspiration collective ont vocation à réfléchir aux actions du club autour de thèmes très variés (éducation, développement durable, santé, culture, solidarité, …)
  • Programme d’inclusion par le bénévolat : trop souvent perçu comme chronophage, énergivore et décevant, le bénévolat est une source d’enrichissement extraordinaire d’un point de vue humain et même d’un point de vue des compétences. Le livret citoyen est par exemple un outil de fidélisation
  • Budget participatif : donner le pouvoir aux adhérents sur  une partie des dépenses du club pour financer des actions portées par eux et pour eux, comme de nombreuses communes le font désormais, est une piste à creuser

Ces différents outils permettent de passer d’une pensée auto-centrée à une pensée collective, où chacun est acteur d’un destin collectif. En partageant ainsi les objectifs du club, ses moyens, ses orientations, on contribue à réduire les fractures entre les différents publics.

Ce club où il fait bon vivre

Pour aller plus concrètement dans le détail, un club de badminton idéal inclurait à mes yeux :

  • Une école de badminton : elle repose sur un réseau actif d’éducateurs (toutes les associations du territoire, mairie, écoles, collèges, lycées, parents) qui collaborent pour accompagner l’enfant à travers l’éveil à la citoyenneté et l’acquisition de bonnes pratiques transposables dans tous les champs de la vie
  • Des mixités :
    • De genre : il n’y a pas de prédisposition masculine au badminton qui offre ainsi, sur le papier, une mixité parfaite (par exemple dans la représentation des tableaux). Pour éviter l’abandon de la pratique pendant les études ou à cause de la parentalité, les horaires doivent s’adapter
    • De niveau (« tout le monde joue avec tout le monde ») : au sein d’un même créneau, il faut institutionnaliser des temps avec des joueurs de son propre niveau et des temps avec des joueurs de niveaux inférieur et supérieur, permettant de donner et de recevoir, de créer du lien entre des publics qui ne se côtoient pas toujours
    • D’âge : à partir de 5 ans (voire moins), on peut jouer au badminton mais avec une pratique adaptée. A 5, 15, 30, 50 ou 75 ans, on partage la passion mais pas l’intensité ni la finalité : la motricité, le prolongement de l’autonomie, la lutte contre la sédentarité, la camaraderie … Les actions entre les EFB et les EHPAD créent un lien unique entre les générations, comme ce fut le cas autour de la finale du TOP 12 à Thionville en 2016
    • Sociale : être en capacité de proposer des activités pertinentes dans des quartiers prioritaires (QPV), dans des prisons, générer de l’emploi mais aussi accompagner ceux qui en cherchent, ceux qui se cherchent, …
  • De la compétition bien utilisée : elle est à la fois structurante (fidélisation, engagement bénévole, facile à évaluer) et toxique (exacerbe les tensions et les egos, crée des déséquilibres et des « statuts », pervertit les mentalités). Si elle est utilisée à bon escient, avec des formats flexibles et évolutifs, sans prééminence sur les autres pratiques, la compétition fédère plutôt qu’elle n’exclut, en devenant une occasion festive de rassembler, et un vecteur d’émulation et de dépassement de soi
  • De la santé : un club capable d’accueillir tous les publics, en situation de handicap ou non, sain ou malade, de proposer des animations dans les hôpitaux, en EHPAD, dans les IME, avec à chaque fois des contenus adaptés, fruits de la collaboration entre des éducateurs et des professionnels de santé

Ludique, le badminton doit se penser éco-responsable, solidaire et durable, avec un soin particulier porté à l’impact de ses activités : la mutualisation des moyens matériels et humains entre les associations du territoire est un bienfait à la fois en matière de cohésion et d’économies. Le club devient alors un modèle de dynamisme et d’exemplarité pour sa commune, et démontre qu’il n’est pas qu’un lieu de consommation et de divertissement. On joue ensemble, on rêve ensemble, on crée des liens, on fait du badminton le socle de nos bonheurs.

Cependant, pour pouvoir réaliser toutes ces activités, il est nécessaire d’avoir une infrastructure adaptée et permettant au club d’avoir un modèle économique viable. Ce sera l’objet du prochain article …

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