A3S25 : comment j’ai candidaté aux législatives

Il y a un an se déroulaient des élections législatives en France. Parti de rien, j’avais décidé de me lancer dans l’aventure avec un unique but en tête : porter un message aux 78.000 électeurs de la circonscription en profitant cette tribune unique. Soutenu par mes proches, j’ai réussi en 3 semaines à réaliser cet objectif. Au-delà du résultat, ce fut une expérience exceptionnelle.

Fin de l’attentisme

Dans l’entre-deux-tours de la présidentielle, bien qu’en séjour long à l’université de Séville, j’assistais sidéré à des débats déconnectés de la réalité entre professionnels de la politique soucieux de s’assurer un avenir. Je n’en pouvais plus de rester les bras croisés. Pendant 11 ans, je me suis battu pour que le badminton égaye le quotidien des adhérents de mon club. J’avais vu ce que la pratique sportive en association pouvait apporter concrètement aux gens. J’avais cet exemple inspirant à verser débat. Alors pourquoi pas ?

L’idée me trottait dans la tête depuis un mois. J’avais assisté à une réunion de #MAVOIX95 dont l’initiative me paraissait une excellente réponse aux dérives politiciennes. Mais tout ne m’avait pas convaincu dans la forme. Et puis il y a eu la dernière ligne droite de la présidentielle, qui a fini de me convaincre qu’il fallait agir et ne plus rester les bras croisés. Je refuse les fatalités : notre société n’est pas vouée à sombrer dans l’individualisme, à piller la planète et la rendre invivable, à réduire les électeurs à un bulletin de vote tous les 5 ans. Cette société, c’est à chacun de nous de la construire au quotidien pour la rendre agréable, solidaire, durable.

Élections législatives : accessibles à tous

Pour se présenter, aucun besoin de constituer une liste ni de réunir des parrainages. C’est donc l’élection la plus accessible au commun des mortels. Cela va malheureusement changer avec la réforme constitutionnelle prévue dans le programme du futur président Macron : moins de députés et prise en compte de la proportionnelle induisent inévitablement des circonscriptions plus grandes et un électorat plus divers et plus difficile à toucher. Le verrouillage de l’assemblée nationale se préparait pour se réserver à des candidats soutenus par un appareil politique. Se présenter est une chose, communiquer en est une autre. Mon objectif étant de transmettre un message de mobilisation citoyenne au plus grand nombre, il me fallait assurer la distribution de 78000 professions de foi et coller 90 affiches pour toucher tout l’électorat. Tout cela, en moins de 3 semaines. Le compte à rebours était lancé.

Parti seul, j’allais toutefois trouver un soutien logistique. Ayant suivi la dynamique https://laprimaire.org/ et la candidate issue de la consultation en ligne, Charlotte Marchandise, j’apprenais que cette dernière se présentait aux législatives au sein de la Relève Citoyenne, mouvement soutenant des candidats engagés dans la transition démocratique, écologique et économique. Aucune contrainte de programme en dehors de cette philosophie globale de vouloir construire une société meilleure par un fonctionnement démocratique renouvelé. La Relève m’a ainsi apporté un soutien logistique et technique pour la constitution des supports et leur impression. Soutenu par Gwendoline, ma sœur, et Eric, ami des plus fidèles, affiche, profession de foi, site Internet et page FaceBook voyaient le jour. Le plus dur finalement fut l’ouverture d’un compte bancaire, les banques étant réticentes à la création de ces comptes éphémères alors que la loi les y oblige … Merci à Valérie, ma tante, pour avoir géré les comptes de campagne et au Crédit Agricole qui a accepté de m’accueillir. Le dernier écueil fut de me faire une place dans les journaux. Et là, toute la bonne volonté du monde n’a pas suffi à forcer le verrou de la notoriété, là aussi alors que la loi oblige à citer tous les candidats d’une même circonscription dès lors que l’on parle de l’un d’entre eux …

Des convictions à partager

Si la forme était prête, encore fallait-il construire le fond en partant de zéro … ou presque. J’avais en premier lieu cette culture du bénévolat sportif qui donne une autre vision de la société et de ce que nous pouvons nous apporter les uns les autres. Le sport est un vecteur rare de cohésion, d’éducation, de santé, de citoyenneté, de solidarité, … Le développement durable est une philosophie globale qui doit nous guider sur le chemin de comportements vertueux pour créer un espace viable pour tous. La culture est là pour structurer nos esprits entre histoire et avenir. L’éducation, non pas comme un outil de formatage des jeunes mais au contraire comme un levier d’émancipation et de construction des futurs citoyens, est la clé de la société de demain.

De ces convictions fortes est né un « programme », qui n’a bien sûr aucune prétention et ne couvre qu’une petite partie du quotidien mais qui semble à me yeux constituer un socle indispensable. Reste à favoriser l’émergence d’une nouvelle pratique de la politique, plus transparente, plus participative, plus éclairante sur les enjeux de notre société mondialisée. De la pédagogie sur les textes de loi aux consultations citoyennes sur l’utilisation de l’argent public, les possibilités sont nombreuses pour éviter des politiques générales détournées de l’intérêt collectif. Quelle est la finalité de l’Etat si ce n’est de garantir un service public de qualité et au service de tous ? Le fonctionnaire n’est pas un gaspillage d’argent public, c’est la raison d’être de l’Etat ! Ne pas dépenser l’argent que l’on n’a pas est une évidence, prendre la réduction de la dépense publique comme ligne directrice d’un quinquennat est une imposture majeure !

Le programme

Signataire de nombreuses chartes, de l’appel des colibris à l’appel des solidarités en passant par la charte Anticor et la déclaration Transparency International, je portais à la fois une vision de la société et du système politique. Le 9 juin au soir, date de clôture de la campagne électorale du 1er tour, j’avais accompli un pari fou. Pas un coup de tête, mais l’envie de faire ma part en diffusant à grande échelle un message d’espoir. Le monde de demain est ce que NOUS en ferons, pas ce qu’ILS en feront.

Le bilan

L’objectif était atteint. Mais comment juger le résultat de ces législatives ? 221 voix (0.64%) en partant de rien 1 mois plus tôt. L’expérience fut incomparable. Les messages d’encouragement sur les marchés ou à la sortie des gares furent très nombreux, bienveillants mais fatalistes. La société doit se prendre en main. Ce fut peut-être une toute petite contribution, mais elle aura au moins eu le mérite d’exister et de montrer que c’était possible. Mon seul regret est de ne pas avoir préparé la campagne bien plus en amont, avec la constitution d’une équipe à l’avance qui puisse relayer sur le terrain les valeurs de la candidature. Il m’en reste un regard nouveau sur la société, sensibilisé à de nombreuses thématiques méconnues.

La très forte abstention (54.29%) est en revanche une terrible désillusion. Avec 15 candidats balayant un large panorama de points de vue, cela en dit long sur le désenchantement des habitants de la circonscription.

Je tiens à remercier Gwendoline et Isabelle pour leur soutien sans faille dans cette aventure (dont le collage d’affiches dans des contrées inconnues), Armelle qui a accepté d’être suppléante et d’assurer toutes les démarches d’un candidat exilé en Espagne, Valérie pour la tenue des comptes de campagne, Quentin et Gaétan ainsi qu’Eric et Rémi pour les affiches, Romain pour les péripéties postales, Josiane pour sa présence, ainsi que tous ceux qui m’ont contacté sur les réseaux sociaux pour soutenir la démarche.

Pour la petite histoire

Pour finir, deux points anecdotiques … ou pas.

En premier lieu, ma campagne m’aura couté 1827.75€ répartis en 1693.20€ de frais d’impression (professions de foi, affiches, bulletins de vote), 32.49€ de frais de communication (envoi du dossier de candidature, frais de collage) et 102,06€ pour la réunion publique. Finalement

Quant au vainqueur de cette élection, en dépit de l’appel des 8 maires de la circonscription à soutenir Luc Strehaiano, il s’agit de Nathalie Elimas, représentante du MODEM finalement investie par LREM malgré son passé douteux fait de revirements fréquents, de candidatures nombreuses et d’un soutien à François Fillon en 2017. Ses premiers pas à l’assemblée sont ceux d’un bon petit soldat de la majorité malgré d’évidentes fautes de communication qui ne sont que le reflet de ses convictions.

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