A3S3 : le sport, acteur oublié de la dynamique citoyenne

A l’heure où tout circule instantanément d’un bout à l’autre du pays via Internet et les réseaux sociaux, des dynamiques citoyennes se créent autour de grands enjeux sociétaux comme l’alimentation, l’écologie, la cause animale, le sort des migrants, la désinformation, … En-dehors de tout cadre juridique ou politique, ces mouvements se structurent pour faciliter une prise de conscience collective sur la problématique qui les révolte. De Nuit Debout à l’Appel des Solidarités, des CivicTech aux mouvements Zéro Déchet, les exemples sont légion pour traduire ce foisonnement citoyen qui parcourt la France.

Les dernières échéances électorales de 2017 n’y ont pas échappé, avec d’une part des outils pour interpeller les candidats (chartes d’engagements rédigés par des collectifs, pétitions) et d’autre part des dynamiques pour porter des candidatures issues de la société civile et garantes d’une démocratie coopérative (LaPrimaire.org, #MAVOIX, la Relève Citoyenne, …).

Le point commun entre toutes ces initiatives est de refuser les fatalités et de prouver que nous pouvons tous être acteurs de la société d’aujourd’hui, et qu’il ne faut pas attendre des décisions « d’en haut » pour se mobiliser et agir. Chacun à notre échelle, nous pouvons apporter une modeste contribution dans la construction d’un avenir désirable. Telle est en particulier la philosophie du mouvement des Colibris et du film Demain [1], illustrations de bonnes pratiques à décliner à plus grande échelle. Mais dans tout ce vivier d’actions citoyennes, le sport semble manquer à l’appel.

Sport, politique et dynamique citoyenne

A l’Appel des Solidarités lancé à l’occasion de l’élection présidentielle, aucune grande association sportive n’a répondu. Seul Surfrider Fondation Europe peut être considérée comme ayant un lien historique avec le sport … On peut aussi arguer que le Mouvement Associatif rayonne de fait sur le tissu sportif. Mais pas de fédérations ni d’associations dont le but premier est de promouvoir la pratique sportive.

Il en était de même dans les programmes des candidats aux dernières élections. Le sport est plutôt considéré comme un outil de distraction des masses que comme un réel levier de cohésion nationale ou un vecteur de citoyenneté et de santé. Et pourtant … nombreux sont ceux pour qui la pratique sportive en association fait partie intégrante de leur vie. Nombreux sont ceux pour qui, dans les communes, le Forum des Associations de début septembre est une étape incontournable qui conditionne les 10 mois qui suivent. Nombreux sont ceux qui bénéficient, de manière directe ou indirecte, des bienfaits d’une pratique régulière et d’une vie associative.

Rien n’y fait, et le budget 2018 du ministère des sports, en dépit de l’obtention des Jeux Olympiques et Paralympiques, en est une cruelle illustration. Le sport reste une variable d’ajustement sacrifiée sur l’autel de la réduction des déficits publics. Cela traduit surtout un manque de culture sportive de la part de certains élus, toujours prompts à avoir une place privilégiée lors des grands événements sportifs internationaux, mais qui répondent aux abonnés absents quand il s’agit de soutenir le mouvement sportif de terrain et de croire aux potentialités du sport. Et la présence d’une ancienne athlète de haut-niveau au ministère des sports, qui semble méconnaître la réalité du terrain dans les associations, n’y change rien.

Le problème vient d’un déficit de vision. Toutes les politiques actuelles sont orientées vers une réduction du chômage et une résolution de la crise économique. C’est ignorer une crise systémique bien plus profonde, comme le souligne Frédéric Lenoir dans la Guérison du Monde [2]. L’objectif d’un gouvernement devrait être d’offrir un avenir heureux à tous les citoyens, pas un emploi à tout prix. Si toutes les personnes « actives » professionnellement étaient épanouies dans leur emploi aujourd’hui, cela se saurait. Alors pourquoi ne pas inverser le paradigme en œuvrant en premier lieu sur la société elle-même, qui sera ensuite plus à même de trouver des solutions pour aller vers moins de précarité, une meilleure alimentation, un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et une meilleure acceptation des différences.

Les bienfaits du sport

Le sport peut être un outil formidable pour travailler dans cette direction. La vie associative favorise le lien social, l’intelligence collective, l’ouverture de nouveaux horizons. La pratique sportive offre une meilleure hygiène de vie, une construction du vivre-ensemble à travers une mixité unique (à condition bien sûr d’une gouvernance raisonnable et consciente des enjeux [3]).  Loin des dérives du sport professionnel et des grandes instances internationales, le sport associatif sait innover pour se mettre au service de la société. De nombreuses initiatives ont ainsi vu le jour sur le terrain :

  • L’Agence pour l’Éducation par le Sport, à travers son programme « Déclics Sportifs », fait de la détection sur les terrains de sport. Ils se basent sur les qualités développées grâce à la pratique sportive (esprit d’équipe, dépassement de soi, cohésion, …) pour recruter et former des jeunes pour le compte de LCL. L’association Sport dans la ville travaille de même sur l’insertion professionnelle par le sport.
  • L’IRIS et France Terre d’Asile, en partenariat avec les instances fédérales du badminton, ont lancé « les volants de l’union » pour accompagner des réfugiés dans leur intégration dans la société française et dans une reprise de confiance en soi.
  • Le conseil départemental de Moselle propose le dispositif « Moselle Sport Séniors » qui consiste en des activités physiques adaptées pour les personnes âgées en EHPAD afin de prolonger l’autonomie et améliorer la condition physique.
  • La Fondation PSG a créé les « écoles Rouge et Bleu » pour accompagner des jeunes de quartiers prioritaires après les cours. Pour lutter contre le décrochage scolaire, les jeunes reprennent confiance en eux grâce aux valeurs du sport et à des innovations numériques.
  • Le club de badminton de Salbris, en coopération avec Pôle Emploi, a rassemblé sur les terrains recruteurs et personnes en recherche d’emploi pour partager un moment convivial et abattre les barrières avant d’évoquer des perspectives d’emploi.

Et des exemples comme ceux-ci, il en existe des dizaines, méconnus et trop souvent isolés.

D’un sport au service de la société à un sport au secours de la société

Le sport est tellement ancré dans notre société qu’on finit par en oublier son existence et son utilité. Le bénévolat est le ciment de la société française. Son érosion risquerait d’entraîner l’implosion de notre nation si nous ne parvenons pas à lutter contre les tendances individualistes et la prédominance de l’économie sur tous les sujets du quotidien. Il faut au contraire réaffirmer les bienfaits du bénévolat tant pour les bénévoles que pour l’association dans laquelle ils s’investissent. Et le sport fournit un cadre particulièrement favorable à la transmission de bonnes pratiques et aux joies de la vie en collectivité.

Pour ce faire, il faut une évolution des mentalités. Comme le disent J. Jappert et M.-C. Naves dans Le pouvoir du sport [4], les enjeux sont sous-estimés par la plupart des acteurs du sport à commencer par les dirigeants associatifs eux-mêmes. Pour ancrer le sport dans le paysage de l’innovation sociale [5], il faut d’une part faire évoluer l’objet statutaire des clubs pour ne plus le limiter à la simple pratique de la discipline et faire en sorte que la vie associative ne s’arrête plus à la sortie des terrains. Il faut d’autre part renforcer le rôle des éducateurs sportifs, trop souvent cantonnés à l’apprentissage de la technique plutôt que d’être de réels acteurs de l’éducation des citoyens en devenir.

Notre société a avant tout besoin d’être réenchantée. Il faut redonner à chacun la possibilité de rêver et de reprendre goût au vivre-ensemble, dans toute la diversité de notre population, et le sport s’y prête parfaitement. Cette dynamique universaliste renforcera notre cohésion nationale et notre capacité de résilience face aux aléas. Nous avons un outil formidable à disposition : c’est aux bénévoles, aux éducateurs, aux élus politiques, aux financeurs et aux journalistes d’en prendre conscience et de le valoriser en tant que tel.

[1] Cyril Dion et Mélanie Laurent, 2015 (https://www.demain-lefilm.com/).

[2] Éditions Fayard, 2012.

[3] Par exemple, la radicalisation dans les associations sportives est aujourd’hui une réalité qu’il faut traiter par une prise de conscience, une formation à la détection et un investissement de tous les acteurs.

[4] FYP éditions, 2017.

[5] Soulignons la réussite du cycle de conférences lancé par Pl4y International et UP Campus et intitulé : « Sport : l’innovation sociale entre en jeu ».

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