A2S17 : renouveau (ou pas) de la gouvernance

Il n’y a pas que les instances de la République qui se renouvellent. Il y a également l’ensemble des fédérations sportives (pour les sports d’été), saison post-olympique oblige. L’occasion de regarder de plus près la photo de famille des présidents, en attendant la dernière, celle du CNOSF.

Pour le renouveau, on repassera

Une fois les Jeux Olympiques et Paralympiques terminés, le temps des élections fédérales arrive. Etalées sur 6 mois en raison de la mise en place de la réforme territoriale dans les différentes disciplines, toutes les élections ont rendu leur verdict. Le tableau en bas de l’article récapitule les résultats. Le moins que l’on puisse dire, c’est que la photo de 2017 ressemblera furieusement à celle de 2013.

Sur les 33 fédérations (en intégrant les futures disciplines de Tokyo 2020), 70% d’entre elles ont gardé le même président. La plupart sont inconnus du grand public, mais à la date des élections, ils étaient en poste depuis plus de 8 ans en moyenne. Les 30% de changements dans la gouvernance sont soit dus à la décision du candidat sortant de ne pas se représenter, soit à leur défaite pour 3 d’entre eux :

  • R. Remaud (badminton) a été le premier à connaître la défaite dans une élection ubuesque relatée précédemment. Le nouveau président, qui ne voulait pas être élu, avait fait campagne sur la transparence de la gouvernance. Il est toujours en poste alors qu’il s’était engagé à démissionner suite à de nouvelles élections (22/04/17).
  • Dans des élections beaucoup plus médiatisées, B. Laporte (rugby) a pris le pouvoir en promettant de tout remettre à plat et de donner plus de poids au terrain et aux clubs en particulier.
  • Enfin, le doyen (en termes de mandats), F. Luyce (natation) a cédé sa place pour un coup de jeune souhaité par la majorité et suite à des JO beaucoup moins glorieux que les précédents.

Il n’en demeure pas moins que le verdict est cruel : une seule femme au tableau. Et encore, candidate à la présidence du CNOSF, elle pourrait quitter ses fonctions.

La cerise sur le gâteau, le CNOSF

Venons-en donc à la dernière instance à élire ses dirigeants : le comité olympique. Chose rare, plusieurs candidats sont en lice. D. Masseglia, président sortant, en place depuis 8 ans, fait face à I. Lamour donc, présidente de la fédération d’escrime et D. Douillet, double champion olympique et député LR. Voici les liens vers les programmes des candidats :

David DOUILLETIsabelle LAMOURDenis MASSEGLIA

L’élection se tiendra le 11 mai. Et comme c’est la saison, le CNOSF a organisé un débat. J’avoue avoir souri en écoutant D. Douillet, machiste assumé à tendance homophobe, répondre à une question sur la place des femmes dans la gouvernance du sport. Passons et commençons par la forme. Si sur le document proposé, D. Masseglia n’est pas très moderne, sa présentation orale respirait la confiance de l’expérience et la maîtrise des sujets. A l’inverse, ses deux concurrents proposaient des programmes très esthétiques mais manquaient cruellement d’aisance à l’oral, en particulier I. Lamour. Cependant, l’habit ne faisant pas le moine, intéressons-nous au fond.

A les entendre, ils ne vivent pas dans la même maison olympique. Le sortant considère que le CNOSF se porte très bien, l’excellente qualité de la candidature Paris 2024 en atteste. Ses deux opposants décrivent quant à eux un temple de la surdité et un éclatement du monde sportif.

Ils s’accordent en revanche sur l’importance de l’obtention des JOP 2024 (on voit mal comment il pourrait en être autrement). De même, ils insistent tous sur la nécessaire implication du monde sportif au service de la société, en particulier à travers la notion d’héritage. Enfin, tous les trois soulignent la menace qui pèse sur notre modèle associatif, à savoir celle du consumérisme et de la concurrence de la pratique commerciale dans des structures privées.

Le contenu des programmes

A la lecture des programmes, voici les mesures phares de chaque candidat :

  • D. Douillet présente le programme qui balaie le plus largement le paysage sportif. Son projet économique est concret avec sa proposition de loi sur l’autonomie du sport (1% sport, taxe sur les produits sportifs) et le prémunir des alternances de gouvernement. Il fait référence à l’économie sociale et solidaire mais en la réduisant à un guichet de financement. Inévitablement, c’est celui qui fait le plus écho au climat politique actuel. Doté d’un langage guerrier, il est le seul à évoquer la laïcité et une certaine forme d’autonomie qui n’est pas sans rappeler le programme de son candidat. Même s’il faut reconnaître que l’on sent son tiraillement entre son vécu du sport et son engagement politique.
  • Le programme d’I. Lamour respire l’ADN du sport, avec un discours sincère mais qui manque peut-être de profondeur. Son axe prioritaire est de modifier le fonctionnement du CNOSF pour aller vers plus de collégialité en faisant appel à l’intelligence collective. Une certaine forme de rejet des deux autres candidats peut l’amener à la présidence, mais pas sûr qu’elle en ait les épaules.
  • D. Masseglia voit le club comme la brique fondamentale de la maison du sport. Il entend aider les associations à se développer en travaillant avec les collectivités, en recentrant le CNDS sur les politiques fédérales et les innovations associatives plutôt que sur les politiques ministérielles. Il souhaiterait également étendre aux diplômes fédéraux la possibilité d’intervenir contre rémunération, ce qui témoigne d’une méconnaissance totale aujourd’hui du contenu très disparate des formations fédérales.

La gouvernance du sport en question

Aucun en revanche n’aborde le sujet du CIO alors que cette organisation aux allures de mafia menace clairement l’image et l’avenir du sport. Tous évoquent le rayonnement de la France à l’international mais pas le poids que pourrait avoir le CNOSF dans une réforme en profondeur de la gouvernance du CIO.

De même, je n’ai pas le sentiment qu’ils aient pris la mesure d’un autre péril, celui de leur base. Les CDOS/CTOS/CROS ressemblent très souvent à la maison de retraite des bénévoles. Les instances fédérales dans chaque discipline sur les territoires ont déjà du mal à trouver des bonnes âmes. Alors les instances olympiques …

Quant à la santé des fédérations qui les élisent, il y a là aussi deux grilles de lecture. Face aux mutations de la société et des pratiques, une forme de stabilité est nécessaire à la tête des fédérations. Mais des réélections avec scores de dictateurs n’est pas un signe de dynamisme. Et encore moins de remise en cause de la gouvernance.

A titre personnel, voilà mon constat. Nous avons un ancien sportif. Si je salue le fait qu’enfin un sportif essaie d’être un acteur de la société, ses engagements politiques vont à l’encontre de mes sensibilités et ses points de vue me choquent. Il fait toutefois preuve d’une vraie vision pour le sport. Nous avons ensuite une femme. Elle a le mérite de porter à elle seule le mouvement sportif féminin et a repris une fédération mal en point mais qui ne semble pas « présidentiable ». Reste enfin le sortant, qui a su lancer un courant réformateur avec la modification des statuts (extension du bureau, élections par l’AG, …). Mais il est parfois coupé du monde et jouit de ma plus profonde aversion suite à notre aventure commune à Londres. Bon courage aux électeurs.

Ce qui est certain, c’est qu’entre les élections présidentielles, législatives, fédérales et le vote d’attribution des JOP de 2024, l’avenir du sport sera façonné en profondeur en 2017.

FédérationAncien présidentMandats effectuésNouveau présidentDate de l'AG
AthlétismeBernard AMSALEM4André GIRAUD17/12/16
AvironJean-Jacques MULOT3Jean-Jacques MULOT03/12/16
BadmintonRichard REMAUD*1Florent CHAYET12/11/16
Base-Ball/Soft-BallDidier SEMINET1.5Didier SEMINET28/01/17
Basket-BallJean-Pierre SIUTAT1.5Jean-Pierre SIUTAT17/10/16
BoxeAndré MARTIN1André MARTIN04/02/17
Canoë-KayakVincent HOHLER2Jean ZOUNGRANA10/12/16
CNOSFDenis MASSEGLIA2(à venir)11/05/17
CyclismeDavid LAPPARTIENT2Michel CALLOT11/03/17
EquitationSerge LECOMTE3Serge LECOMTE24/11/16
EscaladePierre YOU3Pierre YOU25/03/17
EscrimeIsabelle LAMOUR1Isabelle LAMOUR08/10/16
FootballNoël LE GRAET1.5Noël LE GRAET18/03/17
GolfJean-Lou CHARON1Jean-Lou CHARON31/03/17
GymnastiqueJames BLATEAU1James BLATEAU26/11/16
HaltérophilieMarc ANDRIEUX1Jean-Paul BULGARIDHES25/03/17
HandballJoël DELPLANQUE2Joël DELPLANQUE31/03/17
Hockey sur gazonOlivier MOREAU1Olivier MOREAU25/03/17
JudoJean-Luc ROUGE3Jean-Luc ROUGE19/11/16
KaratéFrancis DIDIER4Francis DIDIER17/12/16
LutteAlain BARTHOLOM1.5Alain BARTHOLOM07/01/17
NatationFrancis LUYCE*6Gilles SEZIONALE02/04/17
PentathlonJoël BOUZOU0.5Joël BOUZOU26/02/17
Roller sportsNicolas BELLOIR2.5Nicolas BELLOIR10/12/16
RugbyPierre CAMOU*2Bernard LAPORTE05/12/16
SurfJean-Luc ARRASSUS3Jean-Luc ARRASSUS04/12/16
TaekwondoDenis ODJO0.5Denis ODJO18/12/16
TennisJean GACHASSIN2Bernard GIUDICELLI18/02/17
Tennis de tableChristian PALIERNE1.5Christian PALIERNE25/03/17
TirPhilippe CROCHARD1.5Philippe CROCHARD22/01/17
Tir à l'arcPhilippe BOUCLET4Jean-Michel CLEROY25/03/17
TriathlonPhilippe LESCURE4Philippe LESCURE18/03/17
VoileJean-Pierre CHAMPION5Nicolas HENARD25/03/17
Volley-BallEric TANGUY0.5Eric TANGUY07/01/17

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