A2S16 : le sport au menu de la présidentielle

En l’absence d’évocation du sport dans les débats de la présidentielle, c’est aux acteurs du sport d’aller faire de la spéléologie dans les programmes pour déterminer la vision des candidats sur le sport. Autant dire que c’est allé vite …

Si le sport n’a pas été traité comme sujet de fond, ce n’est pas pour autant qu’il est absent des programmes. Pour reprendre la formule de l’Equipe qui a établi un comparatif, le « 11 présidentiel » a fonctionné tout d’abord en 5/4/2 puis en 5/3/3 et maintenant plutôt en 5/2/4, représentant la répartition des candidats qui ne traitent pas de sport /un peu / beaucoup. On trouvera d’autres comparatifs intéressants ICI ou LA. Voici les liens vers les principaux programmes « sport » :

CandidatsLien
Nicolas Dupont-Aignanhttp://www.nda-2017.fr/theme/sport
François Fillonhttps://www.fillon2017.fr/projet/sports/
Benoît Hamonhttps://www.benoithamon2017.fr/wp-content/uploads/2017/03/projet-web1.pdf (page 19)
Emmanuel Macronhttp://www.en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/sport
Jean-Luc Mélenchonhttps://avenirencommun.fr/le-livret-sport/

Les autres candidats à l’élection présidentielle ne prennent pas en compte le sport en tant que tel mais seulement quelques mesures qui lui sont liées.

Parler de sport à la présidentielle : une hérésie ?

Je me suis toujours demandé pourquoi les politiques étaient aussi peu enclins à parler de sport. Même s’ils sont les premiers à parader en tribunes des grands événements sportifs. A noter que la culture est aussi absente des débats. Serait-ce parce que les artistes et les sportifs de haut-niveau sont les seuls à rivaliser en termes de renommée ? (en-dehors de ce que les émissions de télé-réalité et les réseaux sociaux vomissent comme « stars »). Pourtant, si les politiques ont souvent un avis sur les compositions des équipes de France, peu de sportifs s’aventurent sur le champ politique. Mais cela peut plus facilement s’expliquer. Déjà réticents à assumer un rôle de modèles pour les jeunes, certains sportifs ont aussi peur de perdre des sponsors.

Pour les politiques, c’est plus obscur. Les grands événements sportifs signent les plus belles affluences ou les plus belles audiences. Le sport pourrait donc très bien devenir une vitrine pour les valeurs de la République si on donnait aux organisations sportives les moyens de se les approprier. Mais non, en dépit du plan « Citoyens du sport » en réaction aux attentats de 2015, rien. Le sport n’est vu que comme un loisir de masse, inutile aux yeux des élites intellectuelles certainement traumatisées par leurs notes d’EPS à l’école. On est très loin (fort heureusement) de la vision de V. Poutine d’un sport conçu comme la vitrine d’une politique et de la grandeur d’une nation.

Quel est le quotidien d’un français ? Activités professionnelles, alimentation, logement, … et pratiques sportives (pour au moins 20 millions de français) ! Donc pourquoi réduire le champ politique à la seule économie ? L’emploi est d’après les sondages la première préoccupation des français. Il faut bien manger. Mais est-ce réellement la priorité, ou est-ce parce que les politiques ne parlent que de ça ?C’est le débat traditionnel de l’œuf et de la poule. Mais si les français étaient épanouis dans leurs loisirs et si la pratique sportive était un tremplin pour la citoyenneté, peut-être que le reste en bénéficierait ?

Recentrer le débat

Mais revenons à nos chers candidats à la présidentielle. N. Dupont-Aignan et E. Macron ont d’emblée intégré le sport dans leur programme. B. Hamon avait pour porte-parole R. Juanico, certainement le député le plus actif sur les thématiques sportives. Mais au 15 mars, le mot « sport » était absent des programmes de F. Fillon et J.-L. Mélenchon (excepté dans « transport »). Alors la communauté s’est mobilisée pour orienter les candidats : Sport & Citoyenneté a publié ses recommandations et a organisé, avec Sporsora, une présentation des « programmes sport ». L’ANDES a également publié des préconisations. Cela a du arriver aux oreilles de F. Baroin, président de l’AMF et soudainement, un programme sport est apparu chez F. Fillon … Idem chez J.-L. Mélenchon avec 24 pages dédiées. Dans un sens, tant mieux. Dans un autre, c’est dire les efforts nécessaires …

Pour revenir aux propositions des organismes cités précédemment (Sport & Citoyenneté, ANDES), on relève :

  • la nécessaire réforme de la gouvernance du sport français (répartition des compétences entre Ministère des sports, CNOSF, fédérations et ligues professionnelles, mise en place de la loi NOTRe, …),
  • la question du financement du monde sportif (CNDS, mécénat / sponsoring, …)
  • l’opportunité de permettre au sport de jouer un rôle socio-éducatif majeur et transversal dans la société (lutte contre la sédentarité, égalité d’accès, cohésion sociale, …)
  • l’état des lieux indispensables des infrastructures sportives sur l’ensemble du territoire
  • la continuité entre activités scolaires (EPS), péri-scolaires (TAP) et extra-scolaires (associations)

Le tour des programmes

Le consensus dans cette élection présidentielle se fait sur l’utilisation du sport au service de la santé des français et en tant que facteur de cohésion sociale. Pour aller plus loin et en plus des préconisations citées dans le paragraphe précédent, le document téléchargeable ci-dessous retrace les mesures majeures.

Comparatif des programmes

Par ailleurs, Sport & Citoyenneté a sollicité des interviews auprès des différents candidats, dont F. FillonB. Hamon et E. Macron. On y perçoit nettement que E. Macron est celui qui balaie le mieux le panorama de l’activité sportive, avec les problématiques que rencontrent les bénévoles au quotidien. Il lui faudra toutefois aller plus loin que la loi sur la prescription du sport sur ordonnance parue alors qu’il était au gouvernement.

On s’interrogera aussi sur le souhait de plus d’interactions entre écoles et associations sportives. Surtout lorsque ces mêmes candidats dénigrent la réforme des temps scolaires. Les temps d’activités périscolaires (TAP) ont justement ouvert la porte aux clubs. Mais entre le manque de fonds des collectivités et le manque de vision du rôle éducatif des associations de certains dirigeants, le monde sportif n’a pour l’instant pas saisi sa chance.

Les clés de l’avenir du sport : une prise de conscience

De même, au-delà de l’ironie, F. Fillon propose la création d’une haute autorité à l’intégrité sportive. Si en effet tout le monde est choqué des dérivées dans le football ou le mouvement olympique, créer un tel organisme de surveillance requiert un préalable. Il faut avant tout que le monde sportif accepte d’endosser le rôle de modèle en termes de valeurs. Il se doit d’opérer une mutation, comme le soutient E. Bayle, pour remettre au centre de son action l’impact sociétal. Oui, le sport est une composante indispensable de notre société, mais son rôle pourrait aller bien plus loin. A condition que les politiques dotent d’un budget conséquent le ministère des sports. Le sport doit penser à renouveler son modèle économique. Mais il ne peut souffrir du désengagement de l’Etat alors qu’il accomplit une mission au service de la société française.

Enfin, au sujet des JOP de Paris 2024, seuls les 3 candidats d’extrême gauche s’y opposent au nom du rejet des dérives du sport business. Au-delà des promesses électorales de cette présidentielle, il est clair que le sport français de demain sera façonné durablement par le vote du 13 septembre 2017. Si la réponse est négative (même s’il semble que cela sera seulement décalé de 4 ans), il est à craindre une disparition du sport de l’échiquier politique. En revanche, en cas de réussite, il est indispensable de réformer en profondeur la politique française en la matière, dans sa gouvernance et dans son impact, au risque de faire des Jeux un immense gâchis

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