A2S15 : vers un réveil citoyen ?

Face au même constat que notre société ne tourne pas rond, deux réactions s’opposent: le défaitisme pour ceux qui baissent les bras devant des enjeux qu’ils jugent hors de portée, et l’activisme pour ceux qui essaient d’améliorer les choses à plus ou moins grande échelle. C’est ainsi que depuis quelques années, une multitude d’initiatives citoyennes ont vu le jour. 

Une graine dans la tête du citoyen

La première étape est une prise de conscience du monde qui nous entoure, de la société dans laquelle on vit, avec ses us et coutumes, son histoire, qui éclairent ses dérives. Le point d’entrée dans la dynamique citoyenne peut alors être très spécifique (alimentation, sport, …) avant de prendre une dimension plus globale. Car pour promouvoir une alimentation plus saine, il faut commencer par cerner les enjeux économiques, analyser les choix des consommateurs, mesurer les opportunités de soutiens institutionnels, … De même, pour faire vivre une association, il faut prendre en compte les dimensions sociale, éducative, médicale voire politique qui peuvent peser sur son développement.

La voie institutionnelle

Très souvent, ce questionnement individuel ramène à la question du fonctionnement de nos institutions, locales ou nationales. C’est le sens de l’action lancée il y a quelques années par Parlement et citoyens : sensibiliser au rôle du parlement français, à ses pratiques et promouvoir une interaction plus forte avec le citoyen dans l’élaboration des lois. La loi pour une République numérique a ainsi fait l’objet d’une consultation citoyenne particulièrement réussie. La loi Egalité et citoyenneté a connu moins de succès. Indéniablement, pour qu’une telle interaction existe, il faut d’une part une adhésion du décideur publique, mais aussi une mobilisation du citoyen. D’autres mouvements visant à faire évoluer notre démocratie vers une plus grande participation du peuple ont suivi, là aussi avec plus ou moins de succès. Certains sont recensés dans cette vidéo. Une première initiative intéressante pour les indécis de la présidentielle : voxe.org qui compare les programmes des candidats.

On peut également citer laprimaire.org. L’objectif était d’organiser une primaire citoyenne en ligne, en-dehors de tout parti politique, où des membres de la société civile présentaient un programme et se confrontaient dans le cadre d’une primaire. Charlotte Marchandise a ainsi été désignée mais a échoué à réunir les 500 parrainages (elle en a récolté 135, soit plus que H. Gaino ou M. Alliot-Marie). Sachant qu’à peine plus de 14.000 parrainages ont été transmis sur environ 50.000, il y a comme une odeur de verrouillage… A quand une consultation locale dans les villes/circonscriptions pour désigner le candidat à parrainer ?

Après les présidentielles, les législatives

Autre collectif citoyen : #MAVOIX. S’inspirant de la démocratie antique grecque, l’idée est de tirer au sort parmi des citoyens volontaires des candidats aux législatives. S’il est élu, ce candidat s’engage à respecter la philosophie du mouvement :

  • voter sur chaque texte de loi selon le résultat d’un vote citoyen opéré sur une plateforme en ligne
  • ne pas s’exprimer en public en son nom propre (médias, commissions parlementaires, …)
  • reverser l’intégralité des moyens mis à sa disposition au collectif pour son fonctionnement et une redistribution soumise au vote

Si le principe est louable et permet une réelle contribution du citoyen sur chaque texte, la procédure peut sembler extrême. « Hacker l’assemblée nationale » ne doit pas revenir à restreindre le rôle du député. Participer aux commissions est un devoir du député. Mais bien sûr il aurait l’occasion de parler en son nom propre. De même, ne pas faire bénéficier la circonscription de la réserve parlementaire est préjudiciable.

Et enfin, se plier à respecter le résultat d’un vote sur une plateforme en ligne où n’importe qui (c’est bien sûr le principe) peut s’exprimer est un risque. Il y a eu plus de 20.000 contributions pour la loi sur le numérique. Si demain les groupes les plus influents sur les réseaux sociaux (extrêmes gauche et droite) s’en emparent, #MAVOIX sera prisonnier de son principe. Donc tout est question d’échelle. A l’échelle de la circonscription, il y a une opportunité formidable. Au-delà, le risque de compromission et de manque d’interactions « physiques » peut poser problème.

Au-delà des institutions

Pour peser dans le débat, il faut être représentatif (nombreux) et cohérent. Les réseaux sociaux ont permis l’avènement des mouvements en leur donnant une visibilité. Les décideurs politiques et économiques ont alors la possibilité de voir et de prendre en compte ces aspirations nouvelles. Change.org est une plateforme de pétitions. Lancées par n’importe qui, et pouvant être signées par tous. Comme on l’a vu en Hongrie pour les Jeux Olympiques, ce moyen d’expression peut jouer. C’est ainsi que ce site a soumis au vote le choix des 10 causes les plus importantes aux yeux des citoyens. Ils ont ensuite proposé aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager sur ces 10 causes. 7 candidats (Arthaud, Asselineau, Cheminade, Dupont-Aignan, Hamon, Macron, Mélenchon) ont accepté de les recevoir et on pris entre 5 et 10 engagements.

A l’instar des agoras grecques, Stades Citoyens avait pour ambition de réunir 80.000 personnes au Stade de France la veille du 1er tour. Le rassemblement devait permettre de lancer une dynamique, de débattre autour de la démocratie et de lier citoyenneté, arts et sport. Malheureusement, faute de participants, l’événement a été annulé mais représente peut-être une étape nécessaire dans la mobilisation.

Le chant des colibris est un mouvement de grande ampleur qui dans un certain sens regroupe tous les précédents. Porté par le succès du film Demain, soutenu par de nombreux artistes qui ont décidé de se mobiliser pour un monde meilleur, les colibris jouent sur tous les tableaux et à toutes les échelles : cours en ligne pour comprendre les enjeux ; conférences-concerts ; outils pour se rassembler; communautés d’idées en gestation. La graine la plus prometteuse pour l’avenir.

La solution est en chaque citoyen

Aujourd’hui, la classe politique a le pouvoir d’influer sur votre vie. Certes. Mais mieux vivre ensemble ne sera le fruit d’aucune loi. D’aucun texte. Cela ne peut venir que de chacun de nous. Cela ne peut venir que d’une dynamique personnelle pour donner un sens à sa vie. Rosa Parks savait-elle que par un simple refus, elle allait donner de l’espoir à des millions de gens et changer l’histoire ?

Alors essayons de construire un autre monde, car celui d’aujourd’hui ne nous convient plus. Bien sûr, il est déjà difficile de subvenir à ses propres besoins. Mais rentrer dans une dynamique collective peut vous ouvrir de nombreuses voies. A travers de nouvelles rencontres ou à travers de nouveaux horizons, l’expérience de la citoyenneté est un trésor de richesses inattendues.

Par de petits gestes comme à Roubaix ou à Grande-Synthe, des gens se rassemblent et agissent pour changer les choses à leur petite échelle. Des exemples poignants, il en existe sur tout le territoire. L’avenir s’écrira par en bas, ou ne s’écrira pas.

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