A2S10 : les JO 2024, pour ou contre ?

Ils partirent 6, il n’en resta plus que 2 avant même le vote final : seules Paris et Los Angeles sont encore candidates à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024. Les désistements successifs ont alors galvanisé les détracteurs de Paris 2024. Tour d’horizon des tenants et des aboutissants de l’accueil d’un tel événement en France.

13 septembre 2017. Certains attendent cette date avec impatience, d’autres la redoutent. Quelle ville accueillera donc les Jeux Olympiques et Paralympiques (JOP) 2024 ? Je fais partie de ceux qui ont toujours ardemment souhaité ces Jeux. Des sondages (pour ce qu’ils valent) tendent à montrer que je ne suis pas le seul. Mais au fur et à mesure que les villes candidates se désistent, des voix se font insistantes pour remettre en cause la candidature de Paris. Au nom de la crise, au nom de l’écologie, au nom de la morale. Et comme toujours, il y a du vrai et du faux dans les arguments des deux camps.

Boston a été la première à se désister, sous la pression populaire. Los Angeles s’y est substituée. Toronto a renoncé, puis Hambourg par référendum, Rome sur décision d’une maire anti-système nouvellement élue (et son non aux « cathédrales dans le désert« ), et enfin Budapest suite à une pétition. D’où la question de certains : les français sont-ils moins responsables que les autres ? Question que se posent des universitaires et des élus, avec des arguments parfois foncièrement malhonnêtes, parfois profondément justes.

La problématique du coût

Le premier argument, maintes fois cité, est celui du coût qui peut paraître exorbitant en temps de crise et d’austérité budgétaire. Les postes de dépenses majeurs sont détaillés dans cet article, avec un rappel des bilans financiers des éditions précédentes des JOP d’été. Lesquels ont clairement explosé depuis le début des années 2000, entre l’accroissement du nombre de participants, de disciplines (à nombre de médailles constant) et des contraintes liées aux médias.

Le budget prévisionnel de Paris 2024 tourne autour de 6 milliards d’euros. Il nous est bien sûr impossible d’évaluer la crédibilité de ce chiffre. On peut simplement constater que les précédentes villes hôtes avaient largement sous-estimé le leur. Tout dépend aussi de ce que l’on intègre dans le budget : le projet de développement des transports dans le cadre du Grand Paris a été préalable à la candidature et pourtant, ne nous leurrons pas, sa réalisation complète dépend en grande partie de l’attribution de ces Jeux.

Quant au budget sécurité, certains le voient exploser en raison du contexte en France depuis 2015. C’est tout simplement scandaleux. La promesse par des « intellectuels » de « nouveaux attentats islamistes » dans 7 ans en cas de sélection de Paris est démagogique et lâche. Oui, Londres a été victime d’un attentat monstrueux après avoir été choisie pour 2012. Oui, cela fait 2 ans que l’horreur se déchaîne en France. Mais cela ne sera jamais un argument pour cesser de vivre et de partager ensemble des émotions sur les places publiques.

Un impact difficile à quantifier

De manière générale, les détracteurs des Jeux oublient l’effet structurant d’un tel accueil. L’accueil des Jeux en 2024 garantirait la remise en état de bon nombre d’infrastructures franciliennes. Pour ceux qui ne pratiquent pas de sport à Paris, il faut savoir que la ville est particulièrement sous-dotée. D’après les chiffres-clés 2015 de l’IRDS, 57% des équipements sportifs parisiens ont été construits avant 1984. En Île-de-France, on dénombre 21.6 équipements sportifs pour 10 000 habitants (50.9 au niveau national !). Les gymnases et les piscines brillent par leur vétusté. La dynamique autour des Jeux serait l’occasion d’un grand plan de rénovation voire de construction d’infrastructures pour accueillir des publics multiples, éloignés de la pratique ou en rupture sociale. Sans parler de la structuration des associations et la formation des bénévoles à la pédagogie socio-éducative dont Paris 2024 pourrait être le support dans le cadre du plan d’animation territoriale.

L’organisation de JOP dépasse ainsi largement le cadre du sport de haut-niveau. Elle s’étend bien au-delà de la quinzaine olympique. On en juge la réussite sur le long terme et sur ses bienfaits sur la société. Certes, ces bienfaits sont inquantifiables. Mais le budget de ces Jeux impacte tous les secteurs (sport de masse, éducation, santé, intégration, emploi, …). Donc oui, de ce point de vue là, ça vaut le coup, dans la limite du raisonnable.

L’écologie a bon dos

La seconde thématique des anti-Paris 2024 concerne l’écologie. Des articles regorgent d’images (en effet scandaleuses) d’infrastructures olympiques à l’abandon comme à Rio moins de 6 mois après ou dans d’autres villes hôtes. D’autres agitent le spectre de piscines gigantesques dont le simple fait d’allumer l’éclairage viderait les caisses des collectivités.

L’argument aurait tenu en 2012, pas pour la candidature de 2024. Après la parution de l’Agenda 2020 du CIO et une prise de conscience du monde sportif de l’importance de l’éco-responsabilité, le développement durable est devenu le socle du dossier de Paris. Et ce n’est pas qu’une posture. C’est une culture en train d’être pleinement intégrée dans toute réflexion sur la gouvernance du sport qui permettra de mieux gérer nos infrastructures et les consommations liées à la pratique. Ce sera aussi l’occasion d’innover dans la construction des futurs équipements avec une approche énergétique différente. Alors ne jugeons pas à l’avance car les mentalités évoluent.

Quant aux infrastructures construites pour les JOP puis laissées à l’abandon, permettez-moi de crier à la manipulation. Comment un acteur public peut-il décemment comparer des pays aux développements économique et social si différents ? La Grèce et le Brésil ont accueilli les Jeux, sans avoir les épaules assez solides. Ils ont voulu briller mais n’ont pas été capables de capitaliser ensuite. Imagine-t-on en plein milieu de Paris une gymnase ou une piscine abandonnés ? Arrêtons la mauvaise foi. La véritable erreur n’était pas d’organiser les Jeux, elle était de la confier à des villes/pays qui n’avaient pas encore la maturité pour le faire.

Ethique, CIO et petits arrangements entre amis

Ce qui nous fait arriver au chapitre le plus préjudiciable pour l’avenir de l’olympisme. Aujourd’hui, le mouvement olympique est dirigé par le CIO, une instance qui a sombré dans les affres du capitalisme. Les scandales se multiplient, des processus d’attribution à l’absence de courage éthique. Le CIO avait un joyau entre les mains, il en a fait un tremplin pour l’enrichissement de ses membres.

Le CIO fait des bénéfices conséquents à chaque édition, au contraire des villes hôtes. Il attribue les Jeux sur des critères obscures qui cachent parfois (souvent ?) des malversations. Même le vénérable Frankie Fredericks, évaluateur des candidatures pour 2024, s’est avéré pourri par le système. Les journalistes l’ont rattrapé, il vient de démissionner. Alors si c’est pour que Paris verse des pots-de-vin à des dirigeants sans éthique, ce n’est pas la peine.

Attribuer les Jeux au Brésil était une erreur économique. Attribuer les JO d’hiver à la Russie était un scandale moral sans nom. Poutine, qui a compris que redonner la splendeur d’antan à la Sainte Russie passait par une instrumentalisation du sport, a dénaturé les Jeux, inspiré par les chinois. Sotchi et Pékin ont établi des records de dépenses, plus de 30 milliards chacun …

A l’instar de la FIFA, comment promouvoir les valeurs du sport sur le terrain auprès des enfants quand les dirigeants planétaires amoraux s’engraissent sur le dos des peuples ? Quand le calendrier des compétitions est imposé par les télévisions américaines plutôt que de faire en sorte d’être en phase avec la population hôte ?

A qui profite le crime donc ? Aux caisses du CIO qui bénéficie d’exceptions fiscales le temps des JOP, à ses sponsors qui s’enrichissent au détriment de l’économie locale, à des géants du BTP dont la priorité n’est pas l’héritage immobilier pour les autochtones. Contre ces constats, il est difficile de lutter. Et comme Fillon avec sa famille, le CIO n’est pas du tout conscient du problème éthique que ça pose.

Certes, le CIO vient de publier un nouveau « contrat ville hôte », avec plus de transparence sur l’attribution et la répartition des obligations. Mais même là, c’est raté. Pour ce qui est de l’argent reversé par le CIO à la ville hôte, ils n’ont pas eu le courage d’aller plus loin que de dire : « une part importante des bénéfices » … annoncer des pourcentages fixes, là aurait été la vraie révolution culturelle auquel l’auteur de la « cuisine olympique » appelle de ses voeux.

2024, cent ans après

Comme on l’a vu, le principal frein à la pertinence de Paris 2024 se situe dans le domaine des idées. Si de son côté, Paris a entamé sa mutation avec la prise en compte du développement durable et une parole laissée exclusivement aux sportifs qui pilotent la candidature, le CIO a encore beaucoup de travail. Il est le principal fautif des dérives de la gouvernance mondial du sport et en ternit l’image à chaque décision (ou absence de décision). En 2024, cela fera 100 ans que Paris aura accueilli les Jeux pour la dernière fois. Un symbole. Mais le monde a bien changé en un siècle, en particulier la place de l’argent.

J’ai eu la chance d’être bercé au rythme des exploits sportifs lors des JOP. Depuis tout petit, j’ai baigné dans cette culture de l’esprit sportif. Je ne conçois pas l’olympisme comme le temple d’un patriotisme exacerbé mais comme le berceau de valeurs universelles qui seules peuvent permettre aux peuples de traverser les crises que nous vivons. Donc plutôt que de voir la candidature de Paris comme une menace, je la vois comme une opportunité unique de changer le monde.

Cette opportunité repose sur 3 points :

  • le premier concerne le courage que le comité d’organisation aura face aux contraintes imposées par le CIO en termes de marketing et de médias
  • le deuxième est lié à l’innovation dont fera preuve le comité en termes de gouvernance : transparence, relations avec le tissu économique local,  éco-conception, transversalité, …
  • le troisième enfin sera la manière dont le tissu associatif français va s’approprier la thématique

Ce troisième point intègre le concept d’Héritage 2024 et l’année de l’olympisme de l’école à l’université. En quoi accueillir les Jeux va changer notre société. Va modifier en profondeur notre relation aux autres. Va impacter durablement la gouvernance des associations. Cessons cette relation malsaine prestataires/consommateurs qui menace notre modèle associatif. Prenons conscience du rôle qu’une association peut jouer dans l’éducation de la population, dans la transmission de valeurs, dans la cohésion de la société française.

En conclusion, si nous n’avons pas l’ambition de changer les mentalités, que ce soit au niveau international en moralisant les pratiques du CIO (de la FIFA/UEFA, de l’ATP/ITF, …) ou au niveau local en intégrant mieux le sport dans la société, arrêtons les frais dès maintenant. Ce serait un immense gâchis, un coup pour rien. Si nous y parvenons en revanche, la France aura de belles émotions à vivre, que sa population partagera au-delà des origines, des religions et des cultures.

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