A2S7 : des plumes et des équations, un mariage étonnant

Alors que les échéances cruciales de 2017 approchent, l’occasion pour moi d’évoquer un sujet plus léger, en faisant un parallèle entre mes deux mondes, qu’a priori tout oppose, et qui dont les points communs me sautent régulièrement aux yeux : quand mathématiques et badminton font bon ménage…

Le corps contre l’esprit, les maths ont l’avantage

Naturellement, certains « bien-pensants » vous diront que le sport est un outil de divertissement des masses, et que les maths sont une noble matière réservée à l’élite. Que la place d’une personne dans la société tient à son intelligence et pas à ses performances sportives. C’est oublier un peu vite la maxime un esprit sain dans un corps sain … Pour s’épanouir, à chacun de trouver sa voie, alors pourquoi pas allier les deux en mettant à contribution muscles et neurones.

Alors bien sûr, on a d’un côté une discipline sportive peu médiatisée en France (voire pas du tout). Et de l’autre, la discipline scientifique qui a rapporté, avec la médecine et la physique, le plus de prix à la France (13 médailles Fields contre 13 Prix Nobel de médecine et de physique). Donc en termes de porte-drapeau tricolore, il n’y a pas photo.

Par ailleurs, l’un est un domaine professionnalisant (si, si, on peut faire des maths son métier). L’autre est un sport de plage dans l’imaginaire collectif, un loisir avant tout. Donc a priori, tout est dit, on compare des carottes et des choux. D’autant plus que si le badminton renvoie une image de sport ludique et accessible, les maths sont quant à elle obscures et réservées à des prodiges asociaux.

Changer l’image, même combat

Mais c’est justement là où le parallèle commence : ces deux disciplines souffrent d’un manque de reconnaissance dans la société. Les maths sont enseignées de manière déconnectée des autres matières. On n’évoque jamais la perspective d’en faire son métier en la réduisant à une matière de sélection. De même, le badminton n’est pas digne d’être diffusé par les grands médias, bien que 1er sport pratiqué dans le milieu scolaire. Qu’on soit devant des étudiants la craie à la main, ou devant des élus territoriaux avec un dossier de subvention, la première étape consiste à créer une sorte de crédibilité.

Donc les deux dépendent des arbitrages politiques. Si demain, une personnalité est vue en train de taper dans un volant ou de scruter un tableau vert, les médias accourront. Mais tant que les politiciens ne s’empareront pas des mines d’or que représentent ces deux disciplines, elles seront vouées à la confidentialité. Pourtant, des études d’impact sont réalisées : les mathématiques sont l’un des métiers les plus attractifs (selon CareerCast), responsables de 15% du PIB de la France, avec un excellent taux d’insertion professionnelle. On a beau savoir que le bad est le sport qui permet de mettre le maximum de jeunes sur un plateau de jeu, que sa pratique est par essence collective.

Et pourtant, les deux sont condamnés aux bas de pages… Sans parler des illustrations avec des tableaux recouverts d’équations qui n’ont aucun sens ou des poupées Barbie qui tiennent des raquettes comme des poêles. De quoi alimenter des images fausses. Je doute qu’avoir décoré les quais de la Gare du Nord d’équations sensibilise qui que ce soit.

Une dichotomie problématique

En poussant plus loin le parallèle, on peut estimer que les deux communautés sont coupées en deux, avec la partie émergée de l’iceberg, plus médiatisée, et l’immense majorité de l’ombre. Cela s’applique certainement à tous les domaines académiques et à toutes les disciplines sportives.

Côté maths, il y a d’un côté l’enseignement, de l’autre la recherche, les deux composantes d’un enseignant-chercheur (EC). Mais l’EC n’est évalué que sur la deuxième, pas (ou très peu) sur la première. Car il est plus facile d’exhiber sa liste de publications dans des revues prestigieuses que la qualité de son enseignement. Et il ne faut pas compter sur les étudiants pour l’évaluer de manière partiale. D’où la tendance malheureuse, inculquée par certains dès la thèse, de négliger l’un pour se concentrer sur l’autre.

Côté bad, il y a d’un côté la pratique loisir (66% des licenciés) et de l’autre la compétition. Il est là aussi plus facile de valoriser auprès de sa mairie les résultats d’une équipe que sa politique socio-éducative auprès des différents publics. Il faut du concret …

Le problème s’accroît dans la mesure où les deux communautés sont dépendantes (dans leurs modèles économiques actuels) des subventions publiques. Le choix des décideurs s’orientera plus souvent vers ce qui est plus facile à mettre en valeur et à évaluer (des résultats, scientifiques ou sportifs) que la vraie portée de la discipline sur les plus jeunes. Même s’il est vrai que le CNDS a modifié ses orientations au cours de la mandature.

Maths et Bad à l’épreuve des problèmes sociétaux

Alors peut-être que cela passera par une implication plus grande des deux communautés dans l’avenir de la société, par exemple en organisant des conférences grand public communes (comme celle-ci). Mais aussi en travaillant sur l’intégration des femmes : aujourd’hui, seulement 36% des badistes licenciés sont des femmes. A l’INSMI*, seulement 17% des chercheurs sont des femmes ! Pourtant, aucun facteur biologique ne prédestine les hommes à faire des maths ou du bad. Il n’y a que les stéréotypes sociétaux contre lesquels il est possible de lutter dans un programme commun entre l’école et le club.

* INSMI : institut national des sciences mathématiques et de leurs interactions du CNRS

Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, les maths reposent également sur un socle de bénévoles (j’en sais quelque chose) : dans les sociétés savantes, dans les associations de médiation scientifique, … des actions transversales qui soudent la communauté et la font vivre. Dans le badminton, il y a certes une professionnalisation de l’encadrement mais qui n’a de sens que si derrière il y a une solide fondation bénévole.

Ces deux communautés sont fragiles mais riches en impact sur les plus jeunes, qu’ils apprennent à compter ou à bouger, à réfléchir et à vivre en collectivité, à s’aider et à transmettre des valeurs. A nous de les prendre en main pour assurer leur avenir !

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