Semaine 51 : constats d’un badiste atterré

2016 aura été l’année du changement, voire du bouleversement, dans ma vie de badiste. Passons sur mon cas personnel, où l’on m’a gentiment poussé dehors pour exprimer une lassitude des projets socio-éducatifs et une volonté de se recentrer exclusivement sur la pratique hebdomadaire. Après 11 années d’investissement de chaque instant, c’est un déchirement affreux mais changeons d’échelle pour illustrer l’aversion de certains pour le mot « développement » et l’absence de vision globale pour d’autres. Comme en chaque année olympique, les fédérations sportives renouvellent l’intégralité de leurs instances (comités départementaux, ligues, fédération) avec parfois des catastrophes …

Comité départemental : qui veut la peau du président ?

Tentons de rester factuel malgré l’affect. En juin, deux assemblées générales auront été nécessaires pour élire le nouveau comité directeur du comité départemental avec un final dramatique pour P.C. qui aura dirigé le comité pendant 5 ans.

Acte I le 2 juin : AG de fin de mandat pour dresser le bilan d’une olympiade très riche dans l’animation du territoire. Le comité était en ruines en 2011 lorsque P.C. le reprend. En 5 ans, le comité aura joué un vrai rôle, celui que tous les comités devraient jouer : un comité départemental n’est pas, comme beaucoup le pensent, une usine à compétitions et à champions, utile uniquement pour les compétiteurs et les jeunes ; un comité agit au service de tous les badistes du territoire, par la formation des encadrants et des officiels, par des actions de lobby auprès des collectivités afin de légitimer la place du badminton dans les infrastructures, par l’accompagnement des dirigeants dans la mise en place de leurs projets, par la création d’outils de communication ou de pédagogie à destination de tous les publics.

En 5 ans, le comité aura été en direction des clubs les plus « modestes », en les accompagnant dans leur structuration, aura réformé en profondeur l’offre de formation et de compétitions pour les plus jeunes, aura noué des liens avec des clubs non affiliés par des réunions et l’ouverture à la Coupe dédiée aux loisirs, aura réalisé un état des lieux du badminton sur le territoire et en organisant les premières assises départementales où étaient conviés tous las acteurs (maires, adjoints au sport, représentants du conseil départemental, des instances scolaires, des clubs affiliés ou non, …) et aura créé un emploi d’agent de développement pour mettre en place et suivre chacune de ces actions.

Mais ce bilan a rapidement été attaqué en ce soir du 2 juin par le vice-président d’un « gros » club dont l’aura a diminué fortement au cours de l’olympiade, la faute à l’essoufflement d’un modèle jadis précurseur, à l’avènement d’un autre club dans le département (par ailleurs le club au sein duquel P.C. ainsi que 3 des salariés du comité étaient licenciés, l’amalgame étant alors facile à faire) et à la baisse des aides publiques. Les coûts a été l’angle d’attaque, mais la cible était unique : P.C., l’incarnation des problèmes rencontrés par ce « gros » club. L’ambiance a été délétère mais au moment de procéder à l’élection du nouveau comité directeur, seules 3 mains se sont levées, bien insuffisant pour gérer plus de 100.000 euros de budget, 4 salariés et la destinée de 27 clubs. L’AG élective a alors été ajournée et reconvoquée 3 semaines plus tard.

Acte III le 23 juin (oui, je sais, ce devrait être l’acte II, mais celui-ci s’était déjà joué en coulisses) : de manière surprenante, 16 candidatures sont parvenues au secrétariat en l’espace de 3 semaines. Le plus curieux était que certains des candidats n’avaient soit jamais mis les pieds à la moindre réunion du comité, soit jamais assuré de mandat bénévole précédemment (voire ne connaissaient rien aux missions d’un comité départemental). Mais statutairement, il n’y a que 15 postes, ce qui devait laisser un unique malheureux au bord du chemin. L’élection a rendu très vite son verdict : le 16ème par ordre décroissant des votes n’était autre que P.C., qui quittait la scène départementale par la petite porte sans le moindre remerciement bien qu’il ait remis le comité sur les bons rails. Mais la démocratie s’est exprimée et il faut la respecter. L’action de l’équipe précédente, incarnée par P.C., n’avait pas été comprise par ceux qui ont pesé sur le vote.

Acte II (courant juin) : mais que s’est-il donc passé pour qu’autant de badistes se préoccupent soudainement du sort du comité alors qu’il n’y avait jamais eu autant de candidats que de postes dans l’Histoire ? La réponse est sidérante. Dans les jours qui ont suivi la 1ère AG, un forum de discussion a été monté (je vous laisse deviner par qui) à l’attention de protestataires bien choisis … et le thème de ce forum n’était autre que de trouver une solution pour se débarrasser de P.C., belle image de solidarité de la grande famille du badminton.

Acte IV (septembre-octobre) : à la barre, une belle équipe de 15 membres pour donner une nouvelle dynamique au comité. Mais que se passe-t-il quand vous mettez dans le même bateau des personnes dont la plupart n’ont en commun que le souhait de mettre le président à la porte ? Et bien le bateau coule. En moins d’un mois, les démissions se succèdent, dont celle du nouveau président élu, du responsable arbitrage, du responsable communication, … et d’autres qui ont démissionné pour finalement revenir sur leur décision une fois leurs désirs satisfaits. 3 mois plus tard (au 20 décembre), le site internet n’est pas à jour, l’équipe est encore officiellement au complet … dans l’attente d’une nouvelle AG élective le 26 janvier.

Fédération française : celui qui ne voulait pas être président

Remontons de deux étages dans l’architecture fédérale pour s’intéresser aux élections nationales, l’AG de la ligue s’étant quant à elle déroulée normalement avec des scores avoisinant les 100%.

En 2012, la FFBaD sortait de 4 mandats consécutifs (soit 16 ans) avec le même président et avait trouvé sa vitesse de croisière dont l’apogée avait été l’accueil des championnats du monde en 2010. Et puis, début 2013 (après tergiversations), un nouveau président, R.R., était élu (sur un scrutin plurinominal). En 4 ans, la vitesse de croisière est devenue celle d’un TGV, avec des évolutions majeures sur la visibilité du badminton (représentation constante auprès des institutionnels, diffusion sur l’Equipe 21), sur l’emploi (lancement du plan emploi club), sur la formation (création de FormaBad), sur le développement durable (création d’une vice-présidence dédiée), sur la performance (arrivée de Peter Gade) mais aussi des réformes ratées (comme celle sur le classement des compétiteurs) ou avortées (comme celle sur l’informatisation de la fédération). Au rang des réformes ratées, il faut également citer (important pour suivre la suite des événements), il y a eu celle du mode de scrutin aux élections, passant du scrutin plurinominal au scrutin de listes intégral.

La mandature a été portée à bout de bras par le président, omniprésent sur les réseaux sociaux, et son bureau. Ce même président, par ailleurs fonctionnaire, a obtenu une mise à disposition de son ministère pour exercer à plein temps son rôle de président d’une fédération en plein boom depuis 10 ans, président dont le salaire est assumé par la FFBaD. Certains ont crié au scandale voire à l’illégalité (illégale dans une association classique, légale pour les fédérations nationales) mais les détracteurs se rendent-ils compte de ce que représente aujourd’hui la charge de président de fédération ?

Toujours est-il que R.R. se présente à sa propre succession en 2016, avec une liste basée sur une parité absolue et des petits calculs pour s’assurer qu’il n’y aura pas d’autres listes. Car il faut se le dire, s’il y a toujours suffisamment de candidats aux élections fédérales pour pourvoir tous les postes, le vivier n’est aujourd’hui pas assez riche pour monter deux listes complètes et compétentes. Ce fut d’ailleurs l’argument majeur de F.C., vert badiste de 70 ans, membre sortant du CA et médecin retraité, qui, pour montrer la bêtise de ce nouveau mode de scrutin (la suite allait lui donner raison), avait décidé de monter une liste « bidon » (de ses propres mots) avec des membres de son club classés par ordre alphabétique. L’objectif était d’obtenir quelques sièges puis que tous les membres de cette liste élus (à son exception) démissionnent dès le lendemain, puis à son tour qu’il démissionne avant l’AG ordinaire d’avril 2017, pour offrir à la famille du badminton ces quelques sièges au scrutin plurinominal.

La démarche était louable et parfaitement assumée puisqu’il ouvrit son discours de candidat lors de l’AG en affirmant : « Surtout, ne votez pas pour nous ! Enfin pas trop. » Membre sortant, F.C. cautionnait 95% du bilan de R.R., et soutenait 95% du projet présenté par R.R. pour la mandature à venir. Le sort avait désigné R.R. comme 1er orateur à la tribune. 45 minutes d’un projet démentiellement ambitieux, basé sur un bilan élogieux, mais vraisemblablement le fruit de son seul esprit, la plupart des membres de son « équipe » n’étant pas au courant. Lui a succédé F.C., qui a présenté non pas un programme (puisqu’il n’en avait pas, n’ayant pas vocation à être élu) mais une analyse de ce qu’il avait vécu au cours de l’olympiade.

A l’argument du mode de scrutin sont venus s’ajouter une critique de la gouvernance (décisions prises en bureau et non en CA) et de la gestion des ressources humaines (dont l’annonce au DTN de la non-reconduction de son mandat, et cela avant même l’élection du nouveau CA …). Chaque argument a fait mouche et déclenché les applaudissements. Disposition non prévue dans les textes, F.C. s’est mis permis d’utiliser son temps de parole pour interagir avec la salle avec des questions auxquelles il a répondu en radotant ce qu’il avait déjà martelé, on voyait là les limites de sa démarche.

Sauf qu’à 58%, les représentants des 14 ligues françaises ont choisi de l’élire président, lui qui avait demandé à ne pas l’être… Je me refuse à songer à l’image renvoyée au ministère des sports par un badminton préférant élire un septuagénaire non candidat. Après 3 années à tenter de donner de la crédibilité au jeu du volant aux yeux des décideurs. Bien entendu, pour le bien du badminton, tous les élus mutins n’ont pas démissionné comme annoncé, et le bureau très restreint aujourd’hui panache des membres des deux listes en attendant avril… Nous verrons si les représentants des ligues si enclins à sourire à l’issue du vote se mobiliseront pour le bien du badminton lors de l’AG.

Mais où va le badminton français ?

Dans les cas décrits ci-dessus, ce ne sont à mes yeux pas tant les projets qui ont été sanctionnés que la personnalité des présidents qui les portaient. Mon propos n’est absolument pas de dédouaner ces personnes des erreurs qu’elles ont pu commettre, en particulier en termes de communication. Je n’ai pas non plus la prétention d’affirmer que ces personnes sont parfaites et qu’il fallait les élire.

Mais d’une part, les pratiques qui ont conduit à ces évictions sont pour moi incompatibles avec la notion même de bénévolat : comment motiver des bénévoles à tous les échelons, du club à la fédération, si on finit par être jugé sur sa personne plutôt que sur son action. Les deux présidents évincés avaient consacré nuits et jours à s’investir pour leur sport. Comme le dit mon maître dans ce magnifique édito, ne faut-il pas une dose de mégalomanie pour assurer ce genre de fonctions ?

D’autre part, le choix fait entre le développement et le statu quo (voire le néant) est symptomatique d’une communauté qui est à la lisière entre deux mondes, celui de « l’artisanal » où nos petits clubs prospèrent tranquillement, et celui du développement global de la discipline au service de tous les publics.

Je ne connais pas un badiste qui ne souhaite pas (au choix) : plus de créneaux, un gymnase plus adapté à la pratique du badminton (éclairage, qualité du sol, …), des encadrants mieux formés, un élargissement des publics (minibad, parabad, vétérans)… Mais imaginent-ils que ces améliorations tombent du ciel ? Que naturellement les collectivités vont privilégier le badminton au détriment des autres sports ? Il y a derrière tout cela des bénévoles passionnés qui se démènent pour d’un côté faire de la pédagogie auprès des décideurs en vantant les avantages et les valeurs du badminton, et d’un autre monter des projets socio-éducatifs pour accroître l’impact de notre sport sur la société et se distinguer des autres. C’est le rôle ingrat que tous les dirigeants de la filière fédérale assurent dans l’ombre, sans que les adhérents des clubs le sachent.

Mais peut-être avons-nous voulu grandir trop vite ? La communauté des badistes n’y était peut-être pas préparée ou n’en avait tout simplement pas conscience. Les équipes nouvellement élues, bien qu’encore en pleine instabilité, feront de leur mieux pour promouvoir notre discipline et améliorer les conditions de pratique. Nous jugerons dans 4 ans et gardons-nous bien de le faire avant. Mais tout changement, quel qu’il soit, doit faire l’objet de beaucoup de pédagogie auprès d’une société avide d’instantanéité, de buzz et accro aux réseaux sociaux. Si nous voulons éviter la tendance au consumérisme de l’activité badminton, soyons exemplaires, unis et solidaires. Pour que chacun s’épanouisse, il faut que toutes les conditions soient réunies, à commencer par le sentiment d’appartenance à une unique famille du badminton.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *