Semaine 32 : la médiatisation des JO en question

« Citius, altius, fortius » … La devise des Jeux Olympiques ne semble pas seulement s’appliquer aux athlètes, mais aussi aux médias qui rivalisent pour aller toujours plus loin dans le sensationnel aux dépens de la famille olympique et de la qualité de l’information.

Un faux départ

Il n’a pas fallu patienter longtemps dans ces XXVIIIèmes Jeux Olympiques pour que les journalistes se distinguent par des contenus indignes des valeurs du sport. Tout a commencé par la cérémonie d’ouverture avec son florilège d’inexactitudes historiques voire de maladresses irrespectueuses. Il y a ensuite le climat sexiste qui s’est installé tout naturellement, dans le contexte de l’étude réalisée à Cambridge récemment. Il n’y a aucune raison de présenter une athlète comme la « femme de » plutôt que par son palmarès. Ne laissons pas le machisme du XIXème siècle perdurer au XXIème.

Mais surtout est arrivé le 3ème jour des JO qui a permis à la presse française d’étaler sa soif de polémiques sur fond de désillusions sportives. Les yeux rivés sur le tableau des médailles, les journalistes n’ont pas hésité à titrer largement sur l’échec de la délégation française.

Rappelons que les Jeux durent 17 jours et que la majorité des sportifs français n’ont pas terminé voire pas débuté leurs compétitions. Mais à l’instar de l’Equipe qui titrait en Une sur « l’inquiétude Griezmann » alors que l’Euro débutait à peine (au bout de 3 jours seulement …) sous prétexte que le jeune talent n’avait pas marqué 3 buts lors de sa première rencontre (il finira « juste » meilleur buteur du tournoi), on peut s’interroger sur le but recherché par les journalistes et les conséquences de telles déclarations.

Le rôle des médias

Alors que les JO ne semblent pas passionner les foules en France autant que le dernier championnat d’Europe de football (pas de grands écrans aux terrasses des cafés, pas de concours de pronostics dans les entreprises, …), la presse doit jouer un rôle pour transmettre la culture de disciplines plus confidentielles. Mais la qualité de l’information peut soit mobiliser soit définitivement démotiver les passionnés. Rappeler la beauté du sport au-delà du résultat final est certainement plus porteur que de crier à la « bérézina » parce qu’il n’y a qu’une médaille au bout de 3 jours.

Et que dire des 4èmes places de Lauren Rembi (épée), Manon Brunet (sabre) et Julian Alaphilippe (cyclisme sur route) ? Si le néophyte peut être tenté d’y voir des symboles de l’inaptitude française à gérer la pression, le journaliste spécialisé se doit de souligner que ce sont de magnifiques performances de la part d’athlètes très loin aux classements mondiaux ! Car bien sûr, la population française n’a pas la chance de baigner dans une culture de l’escrime (bien que ce soit le principal sport pourvoyeur de médailles pour la délégation tricolore), l’information sportive quotidienne se résumant exclusivement au football (du match amical entre 2 clubs de division 2 allemande au transfert au montant démesuré d’un joueur aux célébrations de but douteuses). Le supporter français n’a donc pas toujours les armes pour juger la qualité du résultat.

Et à l’heure de l’hyper-connexion où tous les sportifs vivent sur les réseaux sociaux, la sinistrose impulsée par ses journalistes « sportifs » peut avoir des effets dévastateurs sur les athlètes eux-mêmes. Le sport se caractérise par sa formidable incertitude, qui fait qu’au-delà des entraînements quotidiens pendant 4 longues années, le numéro 1 mondial peut perdre face à un inconnu. Alors si en plus, les médias passent leur temps à ne faire état que d’attentes et de déceptions, les conditions de l’athlète ne s’améliorent pas. Mais il est bien sûr toujours plus facile de rendre compte d’une mauvaise performance que d’aller sur le terrain auprès des éducateurs qui forment les futurs champions. Et n’oublions pas que très souvent, une forte médiatisation d’une discipline lors des JO impacte le nombre d’adhésions dans les associations sportives à travers tout le territoire.

Terminons enfin sur les insupportables interviews au bord du terrain qui n’apportent rien au sport. Des athlètes qui consacrent leur vie à leur discipline, parfois en parallèle d’un autre métier, qui ont fait des sacrifices pour se qualifier et qui perdent au 1er tour ne sont pas en état pour s’exprimer à chaud. Mais les journalistes ne conçoivent pas une retransmission sans avoir les premiers mots du sportif déçu, sans considération de l’état de désespoir dudit sportif et parfois au prix de questions dénuées d’intérêt. Ce genre de pratique ne peut déboucher que sur une chose, une phrase maladroite lancée sous le coup de la déception, phrase qui va pouvoir alimenter les polémiques. A se demander si ce n’est pas le but recherché par les poseurs de questions.

2024 en ligne de mire

Si P. de Coubertin est un personnage complexe avec ses parts d’ombre, il n’en demeure pas moins qu’il a légué à l’humanité le plus bel outil pédagogique qui soit, cet ensemble de valeurs qui permettent de structurer une société et plus particulièrement sa jeunesse. Le Brésil a rêvé « d’un monde nouveau », avec plus d’égalité, un plus grand respect de la planète et une paix retrouvée à travers le monde. De beaux résultats peuvent redonner le moral à toute une nation et par beaux résultats on entend des performances d’athlètes qui donnent leur maximum pour leur pays même si ça ne débouche pas sur une médaille. D’où la nécessité d’éclairer les français sur la réalité des résultats, que ce soit pour une 5ème place ou une 1ère. Les 395 athlètes français sont des êtres humains avec leur qualité et leur faiblesse qui ont gagné leur place à Rio. Ce n’est pas le tableau des médailles qui révélera la réussite de ces Jeux, mais les émotions que les sportifs transmettront.

N’oublions pas que se profile en 2017 le vote du pays hôte pour les JO de 2024. Si nous voulons faire cadeau à la France de ces Jeux, il nous faudra une cohésion absolue derrière nos sportifs, avec une culture étendue de tous les sports représentés. Plus vite, plus haut, plus fort, mais surtout soyons plus unis.


Petits coups de cœur aux consultants de France Télé Virginie Coupérie (équitation) et Brice Guyart (escrime) pour la qualité de leurs interventions (ce qui n’est pas le cas du tout de L. Manaudou et P. Lucas) et au rugby à VII pour la vivacité du jeu (qui nous a permis de retrouver le commentateur fou des terrains annexes de Roland-Garros).

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