Semaine 31 : l’Euro dans le rétro

Comment passer à travers cet Euro ? Pas une entreprise ne s’est abstenue d’organiser son concours interne de pronostics. Pas un bulletin d’information ne s’est privé d’une nouvelle footballistique. Même si les événements qui ont suivi font relativiser l’importance de l’événement, retour sur un mois où la France a vécu au rythme du ballon rond (car bien sûr, pas besoin de préciser « Euro de football », comme si les autres sports n’avaient pas de championnats d’Europe).

Tout sauf le meilleur lancement

Si la compétition a commencé le 10 juin, les polémiques avaient débuté depuis longtemps. Début juin, au lendemain de sa victoire en finale de Ligue des Champions, Benzema n’a pas pu s’empêcher de gâcher la préparation de l’Equipe de France. Mis en cause dans de nombreuses affaires (« Zahia », « sextape », blanchiment) et parfois relaxé, ce joueur n’est pas le modèle que l’on peut attendre pour la jeunesse française. Et pourtant, il se plaint de ne pas être sélectionné et pire, met sa non-sélection sur le compte du racisme ambiant en France dans le contexte des attentats.

La seule question qui me vient est la suivante : qu’a-t-il à y gagner ? Regrette-t-il les primes associées aux résultats de l’Equipe ? Regrette-t-il la tribune qu’offre l’événement pour faire augmenter sa « valeur » sur le marché ? Car sinon, rend-il service au pays qu’il aurait voulu défendre ? Rend-il service à ses anciens partenaires ? Apaise-t-il le climat auquel il fait référence ? Qu’avait également à gagner Eric Cantona à s’exprimer en pleine préparation ? Il n’y avait certes qu’un seul joueur d’origine maghrébine parmi les 23 joueurs sélectionnés (Adil Rami), mais de là à parler de racisme ! Au terme de l’Euro, peut-on considérer qu’un des attaquants n’avait pas sa place ? Si cela ne doit en rien faire oublier les problèmes profonds qui touchent le foot, ces polémiques n’avaient rien de constructif dans le timing.

Le contexte était déjà tendu en amont, avec l’état d’urgence en place depuis 18 mois et des fan-zones anxiogènes. Tout s’est fort heureusement bien passé sur les lieux de compétition, au contraire d’Orlando où un attentat homophobe faisait 49 morts. Et malgré le lancement d’une pétition, l’UEFA refusera de rendre hommage à ces victimes-là (au contraire des autres attentats ou même de la mort du pape Jean-Paul II). L’ouverture d’esprit n’est pas encore de mise dans ce sport.

Et même quand la France gagne (péniblement) en ouverture, l’Equipe, du haut de son hégémonie sur la presse sportive, se permet de titrer sur le « malaise Griezmann » dès le soir du premier match, de quoi mettre en confiance le jeune attaquant … surtout quand on voit la suite du tournoi du madrilène. A quoi bon ?

Et pour finir avec les polémiques, quel besoin avait Pogba de faire ce geste tendancieux vers la tribune de presse après le but de Payet lors de France-Albanie ? On sait que les célébrations de buts dépassent parfois l’entendement, mais quand ces joueurs se rendront-ils compte de l’écho que peuvent avoir chacun de leurs faits et gestes ?

Quelques statistiques

Comme dans tous les sports au XXIème siècle, la compétition a généré son lot de statistiques. Certaines sont classiques (Griezmann finit meilleur buteur avec 7 buts, Hazard meilleur passeur, la France meilleure attaque, Ronaldo meilleur buteur en exercice), d’autres plus originales (Coman est le plus rapide en vitesse de pointe, chronométré à 32.8km/h).

On retiendra que cet Euro est celui qui aura vu le plus de buts … mais avec plus de matches, ce qui en fait l’édition avec la moyenne la plus basse depuis 1996 (voir le tableau ci-dessous et la comparaison avec les Coupes du Monde). Il est vrai qu’en-dehors du quart-de-finale 5-2 entre la France et l’Islande, on s’est un peu sentis frustrés.

Euro199620002004200820122016
Moyenne
(buts/matches)
2.06
(64/31)
2.74
(85/31)
2.48
(77/31)
2.48
(77/31)
2.45
(76/31)
2.12
(108/51)

Ce qui pose la question du nouveau format. Après 20 ans à 16 équipes, l’UEFA a décidé d’élargir le nombre de participants pour suivre le nombre d’inscrits aux éliminatoires. Mais n’y avait-il pas autre chose à faire, avec 55 nations inscrites initialement, que de choisir un système avec des meilleurs troisièmes ? 24 participants aux phases finales, et seulement 8 éliminés après les phases de poule … Ce n’est peut-être pas la meilleure façon de promouvoir l’équité sportive. De quoi faire d’un 3ème de poule qui n’a gagné aucun match le vainqueur final …

L’Euro de la fraternité

Au-delà des polémiques et des statistiques, ce qu’il faut retenir de ce championnat d’Europe, ce sont ses rassemblements immenses à chaque rencontre toutes origines confondues, toutes religions confondues, toutes générations confondues, unies derrière l’Equipe de France, capable de réunir le peuple français. Ce peuple qui a pu, grâce au football, oublier le cauchemar vécu depuis un an et demi, partager des émotions en terrasse ou dans les foyers, de rompre la monotonie des décomptes macabres à chaque bulletin d’informations. Une occasion peut-être rare aussi de se sentir français sans se poser de questions.

Et que dire de l’extraordinaire coup de cœur islandais. Un tout petit pays, mais un cœur énorme d’un public exemplaire dont la pratique du « tapping » (on n’a pas encore invité de mot en français) se généralisera peut-être. Même si la victoire finale du Portugal est une surprise, elle n’est rien à côté de la présence de l’Islande en quart-de-finale, après avoir fini devant ce même Portugal en poule et avoir éliminé au courage une équipe anglaise absente. Bref, une équipe qui faisait plaisir à voir joueur.

On ne peut enfin oublier l’affection du public français pour Antoine Griezmann. Malgré un grand nombre de matches cette saison et une finale de Ligue des Champions manquée, il a été au rendez-vous avec ces 7 buts. Oui, il a fait partie de la virée en boîte en 2012 qui coûte la qualification à l’Euro espoirs. 14 mois de suspension mais un amour inconditionnel de l’Equipe de France, alors qu’il aurait pu choisir l’Espagne qui l’avait accueilli à 13 ans après que les centres de formation français l’aient tous refusé pour cause de petite taille. Certains trouveront qu’il est blanc, qu’il a un nom bien franchouillard, mais la diversité c’est aussi ça.

Alors plutôt que de polémiquer, soutenons ces joueurs, continuons de vibrer à l’unisson pour soutenir la France, car le sport réunit toujours bien au-delà des lignes habituelles. La France avait candidaté à l’accueil de l’Euro, elle n’a pas gagné sur le terrain mais elle a trouvé en tribune quelque chose de bien plus précieux et durable, la cohésion de son peuple.

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