Semaine 30 : les valeurs de la France à l’épreuve de la barbarie

Il faut croire que face à un peuple français en manque de repères, les terroristes sont plus à même de déterminer ce qui définit notre société française, ce qui fait qu’on se sent français. Ceux qui projettent d’anéantir la France, dont ils refusent les valeurs, attaquent tous ses symboles à travers des actes barbares :

  • sa liberté d’expression (7 janvier 2015, attentat à Charlie Hebdo, 11 morts),
  • sa diversité de religions (9 janvier 2015, attentat de « l’hyper cacher », 4 morts et 26 juillet 2016, attentat dans l’église de Saint-Etienne-du-Rouvray, 1 mort)
  • sa jeunesse qui se donne le droit de s’amuser devant du football, un concert ou en terrasse (13 novembre 2015, attentats au Bataclan, dans le 11ème et au Stade de France, 130 morts)
  • sa population qui célèbre la prise de la Bastille, fait marquant d’un peuple qui se soulève face aux puissants (14 juillet 2016, attentat à Nice, 84 morts)

Patrie des « Droits de l’Homme » aux yeux du monde entier, la France est avant tout une terre d’accueil qui offre à sa population la richesse de sa diversité. Certains, à droite toute, conçoivent le français comme nécessairement blanc, présent sur le sol français depuis des générations, catholique, hétérosexuel et fertile. Les autres ne mériteraient pas le droit de vivre en France. Face à eux, une organisation terroriste qui n’a d’étatique que le nom, qui se bat non pas pour un territoire mais pour imposer sa religion au risque d’en violer les principes. « Daesh » essaie de faire croire que ses membres, eux, savent ce qu’ils partagent, à savoir une foi inconditionnelle envers Allah. Ils rallient surtout des personnes perdues, plus ou moins saines d’esprit, qui ne savent plus à quoi s’identifier, désabusées par leurs terres d’accueil. L’EI prolifère sur les ruines de nos sociétés désunies. Si tous les français se sentaient animés d’un même sentiment d’appartenance à une communauté de valeurs dans le respect de la diversité des points de vue, aucun ne partirait se former à l’école de la haine en Syrie pour revenir ensuite faire le malheur de leurs concitoyens.

Quel idéal ?

Que croyaient les Kouachi, Abdeslam et autres Coulibaly ? Que l’EI, Attila des temps modernes, mérite de devenir le modèle à imposer sur toute la surface de la Terre ? L’EI qui, à chaque prise de cité, commence par détruire toute trace de culture, même millénaire, convertit de force tous les survivants, rabaisse les femmes au rang de possessions, précipite les homosexuels dans le vide. Est-ce le modèle de société en lequel croyaient ces terroristes ? Que pensait M. Lahouaiej-Bouhlel lorsqu’il a fauché des tunisiens (comme lui), des musulmans (comme lui), des enfants (comme les siens) ?

Le 14 juillet est traditionnellement un jour d’union nationale, où l’on fête la France au rythme des feux d’artifice et des barbecues. Ce 14 juillet n’a fait qu’accentuer les fractures de la société française, entre des dirigeants politiques indignes en campagne, des islamophobes qui ne font toujours pas la distinction entre Islam et islamisme (en son sens moderne) et des personnes effrayées qui n’ont pas les outils pour comprendre le sens profond des événements.

Ce qui nous rassemble

Au sortir d’un Euro de football au cours duquel le pire a été évité (vraisemblablement des attentats ont été déjoués), on pouvait croire que la population avait rechargé les batteries du paquebot France, après avoir vu tant de fans, d’origines diverses, célébrer ensemble les victoires des Bleus. Le sport serait-il seul capable de réunir le peuple français ? Il faut croire que l’horreur possède la même faculté, au vu des rassemblements impressionnants lors des hommages aux victimes.

En janvier 2015, on a vu des français de tous âges ne pas être « Charlie », manipulés par des prédicateurs à l’esprit fermé. Car être « Charlie » n’était pas tant approuver chaque caricature du journal satirique que s’élever pour défendre la liberté d’expression et la liberté de la presse, notions partiellement ou totalement absentes de certains pays à l’influence grandissante. On doit pouvoir rire de tout, toutes religions confondues. Doit-on nier aux Dieux le droit d’avoir le sens de l’humour ? Ces voix discordantes ont été le terreau du 13 novembre puis du 14 juillet. Si tous avaient jugé que ces libertés faisaient partie de l’héritage symbolique qui définit la France d’aujourd’hui, nous aurions affiché notre unité. Le monde a voulu le faire pour nous à travers « l’Esprit du 11 janvier » mais y croyions-nous nous-mêmes ?

De même, certains ne se retrouvent pas dans « la Marseillaise », hymne aux paroles guerrières et douteuses. Peut-être est-ce d’ailleurs pour cela que certains refusent de la chanter … Des hommes politiques ont fait la proposition d’imposer l’apprentissage des paroles de l’hymne français à l’école. Peut-être serait-il plus pertinent d’en transmettre la substantifique moelle ? Plutôt que d’apprendre les paroles, mieux vaut en comprendre le sens. Qu’un peuple doit se soulever pour défendre les valeurs qui l’unissent, comme en 1789. « Liberté, égalité, fraternité » … est-ce que chacun comprend la portée des mots qui composent la devise de la France, comme le souligne M. Hanotin ? A quand une fraternité qui nous fera porter attention à tous ceux qui nous entourent pour éviter que des brebis égarées ne deviennent des loups solitaires ? La clé passe par l’unité de notre société et l’intégration en son sein de tous ceux qui le souhaitent, quelles que soient leurs origines au cours des siècles.

Le jour où nous aurons réussi à définir ce qui nous rassemble dans le terme « français », le jour où dans les écoles, dans les associations, dans les foyers, un même discours fédérateur, sans être un conditionnement, raisonnera, nous serons armés face à la barbarie : un crayon contre une kalash, une idée contre une bombe, une valeur contre un camion.

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