Semaine 12 : moi, ex-supporter du PSG

J’ai grandi en banlieue parisienne dans la ferveur autour de l’équipe locale, j’ai été un ardent supporter du PSG, j’ai écouté Jacques Vendroux sur France Inter tous les samedis soir en relevant les buteurs de chaque rencontre. Mais tout ça, c’était avant. Comme Henri Seckel l’exprime parfaitement dans son article, j’ai perdu la foi.

Trop de foot tue le foot

Il était une époque où le samedi soir voyait 9 matches se disputer, coup d’envoi à 20h et couverture radiophonique puis résumés des rencontres à 22h30 à Jour de Foot sur Canal+. Le match phare se déroulait le dimanche soir devant les mêmes caméras de Canal+, avec un horaire qui a varié entre 20h30 et 21h05. Aujourd’hui, on trouverait ridicule d’écouter du football à la radio, et pourtant c’était un plaisir inexplicable, de même que le dimanche soir était un rendez-vous incontournable de la semaine, attendu en famille. C’était ça à mes yeux, suivre son équipe. On dira qu’il n’y avait pas Ibrahimovic ou Di Maria à l’époque. Certes, mais cela n’a pas empêché l’OM de gagner la Ligue des Champions et le PSG la Coupe des vainqueurs de coupe.

Côté programmation, tout a commencé avec un premier match extrait de la session collective du samedi soir pour remonter en fin d’après-midi à 17h00. Et puis on en a mis le dimanche à 17h, le dimanche à 14h, le vendredi à 20h30, … Aujourd’hui, avec le bon abonnement, on pourrait passer son week-end à regarder des millionnaires courir après un ballon.

Et cette boulimie ne s’est pas arrêtée là. Outre les matches des compétitions européennes (C1, C2, C3, intertoto) et des coupes nationales (Coupe de France, Coupe de la Ligue), les diffuseurs ont été chercher la « Premier League » (Canal+) jusqu’à aujourd’hui où l’Equipe 21 a acquis les droits … du football russe ! Toujours plus de foot, parce que ça attire du public mais ce public croit-il encore en quelque chose ou se nourrit-il seulement de ce qu’on lui donne. Est-ce l’offre qui crée la demande ou l’inverse ? A tel point que l’unique rendez-vous du dimanche soir n’a plus aucune saveur, d’autant plus quand un club décide de mettre les moyens qu’il faut pour gagner le titre, aux dépens de toute équité et de tout suspens.

Trop d’argent … tue le PSG

Il y a des souvenirs qui vous marquent plus que d’autres. Comme Henri Seckel, j’ai tremblé en mai 2008 devant le risque de relégation. Mais j’ai aussi été euphorique lors de ce match préliminaire de Ligue des Champions en 97 face au Steaua Bucarest quand, après avoir perdu sur tapis vert le match aller 3-0 pour une erreur administrative (à ce niveau-là, faire jouer un joueur suspendu, quand même …), les joueurs ont offert une prestation magistrale en gagnant 5-0. Le résumé le dimanche matin à Téléfoot (TF1) sur « Samba de Janeiro » (Bellini) prolongea le rêve. Cette année-là, pas de David Luiz ni de Thiago Silva, mais côté brésiliens, on avait (à d’autres postes bien sûr) Raï et Leonardo. Autant je n’étais pas fan de Raï, autant j’adorais Leo. En défense, j’ai vénéré Heinze et Pochettino. En attaque, Pedro Miguel Pauleta restera commme un des plus grands.

Autant j’ai vibré à chaque fois que je suis allé au Parc, ce Parc mythique qui résonne aux sons de « Paris est magique », autant j’ai approuvé les politiques successives, de Perpère à Leproux, pour pacifier les tribunes. Non, on n’a pas besoin d’enc**** l’arbitre et les adversaires pour avoir un grand stade. A Bollaert, on n’entend pas (que) ça.

Oui j’ai détesté l’arrogance de J.-M. Aulas, sa façon de parler, de critiquer sans cesse, oui j’ai souffert pendant les 7 saisons de règne de l’OL qui en son temps tuait déjà le suspens … mais pas avec 25 points d’avance non plus. Avec le recul, je me dis que l’OL avait un vrai projet sportif qui s’est construit progressivement. Le soutien de Pathé à l’OL à l’époque n’avait rien à voir avec l’apport qatari au PSG.

Bien sûr, on se plaint tout le temps. Avant, on regardait plus en bas du classement qu’en haut. Aujourd’hui, on a le regard tourné vers la finale de la Ligue des Champions. Un autre monde pour le PSG, un autre monde pour le sport. Le football français a besoin d’une locomotive pour ne pas dégringoler dans le classement UEFA et tomber dans un cercle vicieux en perdant progressivement ses places en Ligue des Champions et en coupe de l’UEFA. Mais à quel prix ? Au prix de voir le PSG tuer le suspens jusqu’à ce que le pétrole cesse de couler dans les caisses qataries ? Au prix de voir Zlatan jouer ce rôle d’ordure arrogante (la France « [ce] pays de m**** », le PSG « est né vraiment avec l’arrivée des qataris ») ? Au prix de voir des jeunes déraper sans véritable sanction (Serge, ma grande …) pour ne pas leur faire perdre de valeur ?

Alors quand on voit les disparités de budget en Europe, entre les « gros » qui bénéficient du soutien de milliardaires, et les « petits » qui se battent pour leur survie avec leur centre de formation, il y a de quoi soutenir l’idée qui grandit dans différents sports (du rugby de Boudjellal au basket de la FIBA) de créer, à l’image de la NBA, un championnat regroupant les gros, et laisser les championnats nationaux à plus d’équité. Là, en effet, il y aurait un réel intérêt sportif. Et dans ce cas-là, oui, je retournerai au Parc …

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