Semaine 11 : le sport vu d’en haut

Comme on le sait bien, en politique, chaque mot compte, et l’ordre est fondamental. Chaque communauté de métiers attend avec appréhension lors de chaque remaniement de gouvernement les intitulés des différents ministères, qui tendent à indiquer la place qu’elle occupera dans la politique à venir. Dans le gouvernement en place en mars 2016, pas de ministre des sports à part entière, mais un secrétaire d’Etat. Un symbole ? 

Un peu d’histoire du ministère des sports

On peut lire sur le site du ministère des sports la liste des ministères de tutelle du sport et leurs intitulés précis et plusieurs constats s’imposent. D’un côté, la plupart du temps, le sport a été associé à la jeunesse ce qui rejoint cette idée fondamentale que les pratiques sportives, du haut-niveau à l’activité associative locale, jouent un rôle dans l’éducation de la jeunesse en tant que vecteur de valeurs. Depuis 1990, il n’y a eu que 3 ministres des Sports (et de rien d’autre) : J.-F. Lamour, C. Jouanno et D. Douillet (3 anciens sportifs de haut-niveau et tous 3 dans des gouvernements de droite). Avoir un ministre des sports, voire un ministre de la jeunesse et des sports ou un ministre des sports et de la jeunesse, ce n’est pas la même chose que d’avoir seulement un secrétaire d’Etat aux sports. Cela envoie un message politique sur la priorité donnée au domaine sportif.

De fait, très souvent, les sports se sont retrouvés noyés dans des ministères fourre-tout. Jusqu’en 2007, les sports étaient toujours rattachés au ministère de la jeunesse et des sports ou au ministère de l’éducation nationale. Puis la mode a changé. R. Bachelot-Narquin a été successivement « ministre de la santé, de la jeunesse et des sports » (pourquoi pas, on peut penser que le sport est bon pour la santé) puis « ministre de la santé et des sports » (on a perdu les jeunes en cours de route), avant que V. Fourneyron devienne en 2012 (attention) « ministre des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative » (heureusement, les sports sont en premier, c’est bon signe). La palme revient à N. Vallaud-Belkacem qui a été « ministre des droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports » (on a rétrogradé) pendant 5 mois. Il y a de quoi se poser des questions sur la cohérence du projet, à moins que le sport ne soit qu’une variable d’ajustement. Le mandat de V. Fourneyron avait pour été marqué par une remise à plat de certains dispositifs (CNDS, statut des sportifs professionnels, …) pour renouer avec une politique sportive qui porte ses fruits jusqu’au niveau local.

Patrick « Qui » Kanner ?

Et puis est arrivé P. Kanner, « ministre de la ville, de la jeunesse et des sports » depuis 2014, assisté de T. Braillard comme secrétaire d’Etat aux sports. On notera que tous deux exercent dans le domaine du droit (ce qui semble un bon moyen de rentrer en politique). Si P. Kanner est reconnu pour son action dans le milieu social (voir ses contributions sur Le Monde et sur le Huff Post), on peut s’interroger sur son rapport au sport. Quant à T. Braillard, il a certes été adjoint aux sports à la mairie de Lyon un temps, mais à part ça …

A tel point que certains se sont longtemps demandé qui était ministre des sports suite au départ de V. Fourneyron, d’où le surnom de Patrick « Qui » Kanner. D’un autre côté, on ne demande pas à un ministre d’être connu ou de faire parler de lui mais d’être efficace et compétent. Suite à son passage au ministère, R. Bachelot-Narquin est bien devenue aux yeux de certains médias une experte du sport dont l’avis compte … Mais il existe un risque non négligeable que son mandat ne laisse pas de trace majeure dans le monde du sport. Toutefois, reconnaissons son humilité alors qu’il n’a pas hésité à lancer un tumblr humoristique sur son action.

Mais Ibra est passé par là, et en traitant la France de « pays de m**** », il a fait sortir le ministre de son anonymat, lequel avait réagi sur Twitter. C’est d’ailleurs l’extra-sportif footballistique qui le pousse le plus souvent à intervenir, comme dans la dernière affaire Benzema, plutôt que le sportif lui-même. C’est ce qu’il déplore dans une tribune de février sur le rôle du sport dans la société.

Curiosité politique, on apprend par un décret du 3 mars 2016 que désormais T. Braillard aura plus de liberté d’action. A un an des élections et alors que se profilent des événements sportifs majeurs (dont l’Euro de foot dans un contexte sécuritaire complexe), cette instabilité au plus haut-niveau de l’Etat n’aide pas à y voir clair. Soulignons malgré tout que le budget des sports n’aura pas trop souffert du contexte économique et que de nombreuses actions appuient le travail de terrain et la pédagogie du sport (citoyens du sport, 4 saisons du sport féminin, coups de sifflet contre les préjugés sexistes, …). Suite au prochain épisode …

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