Semaine 10 : le blues du célibataire

Changeons du sujet, parlons sport de chambre. « Si à 30 ans, tu n’es pas en couple, tu as raté ta vie ». Tellement ridicule et pourtant tellement ancré dans les mentalités. C’est ainsi que débute l’article de M. Duretz. A travers l’interview d’une psychopraticienne, on prend conscience que le blues du célibataire peut parfois plus être du à ce que la société lui renvoie en permanence plutôt qu’à un réel état d’âme.

Le conditionnement de la société

Quel(le) célibataire peut se vanter de ne pas être gentiment questionné(e) (harcelé(e)) par son entourage par la sempiternelle (cruelle) question : « alors, toujours pas de petit(e) copain(copine) ? » C’est une question qui paraît anodine à l’interrogateur tant dans sa tête, il est évident qu’on DOIT vivre en couple (c’est vital). Et pourtant à force, cela finit par avoir un effet dévastateur sur le moral du (de la) célibataire, voire culpabilisant de finir caractérisé(e) par ce statut.

Mais il n’y a pas que l’entourage, c’est la société tout entière qui renvoie sans cesse à la personne l’image de l’échec. Au-delà de LA question, il y a les couples qu’on peut croiser dans la rue, main dans la main et sourires aux lèvres. Il y a cette mode, qui s’est répandue à travers le monde comme une traînée de poudre : les bracelets « d’amitié » (qui, comme leur nom l’indique, étaient faits pour marquer une amitié, le plus souvent entre enfants) sont devenus un moyen pour la gent féminine de marquer son territoire. Regardez dans le métro, il n’y a plus beaucoup d’hommes avec le poignet libre, version moderne de la bague au doigt. On pourrait aussi parler de l’hystérie collective autour de la Saint-Valentin (pauvres Valentins).

Et puis il y a les films, où pour vendre, il faut à tout prix une histoire d’amour (mais franchement, qui a lu dans l’oeuvre de Tolkien que l’idylle entre Arwen et Aragorn prenait autant de place !!!). Et dans les séries, éléments incontournables de la vie du XXIème siècle, si l’histoire d’amour n’existe pas (encore), les fans se chargent de l’imaginer pour les scénaristes : le « shipping » (en français, action qui consiste à inventer un couple fictif, mais c’est moins glamour dit comme ça) est né. De Sculder (couple formé par Scully et Mulder) à Johnlock (John Watson et Sherlock Holmes), le monde projette sur ses héros les fantasmes qu’il ne peut assouvir.

Et dans le milieu professionnel, qui ne s’est jamais demandé quel intérêt pouvait avoir l’employeur à connaître votre statut ? Remplissez un dossier d’emploi CNDS et dans le descriptif du (de la) candidat(e), vous trouverez … « Situation familiale » ! Si jamais vous avez envie d’oublier qu’en ce moment vous êtes seul(e), le monde se charge de vous le rappeler sans cesse.

Célibataire, un autre modèle de vie ?

La première question posée à la psychopraticienne résume tout : « le célibat est-il subi ou choisi ? » Notre éducation nous conditionne depuis tout petit à suivre un chemin tout tracé :

  • tu dois aller le plus loin possible dans tes études, sinon, tu es un échec (scolaire)
  • tu dois te comporter en homme (viril) ou en femme (élégante), sinon, tu as un problème d’hormones
  • tu dois enchaîner les conquêtes puis te marier, faire des enfants, acheter une voiture (la plus grosse possible), acheter une maison, … sinon à 40 ans, tu as raté ta vie

Mais où est le libre-arbitre dans tout ça ? Parce que devant un avenir fixé à l’avance, il n’est pas étonnant qu’on engendre des générations de dépressifs. Le moindre écart à la norme fait de toi un paria.

Alors bien sûr, le célibat peut être subi. Mais pourquoi ne pourrait-il pas être un modèle alternatif d’épanouissement ? Pourquoi est-ce que vivre en couple serait le seul moyen d’être heureux sur Terre ? Nous ne sommes pas des bêtes qui ne vivons que dans le but de pérenniser l’espèce. Mais non voyons, il y a les sentiments ! (bien sûr, que je suis bête).

J’entends déjà ceux qui vont dire que je cherche juste des excuses philosophiques pour affronter le vide sidéral de ma vie sentimentale. Ce sont les mêmes qui me disent « ah bon, tu es encore célibataire ? » avec les yeux qui disent « mais qu’est-ce que ça doit être dur à vivre ». Et bien non, je me lève le matin, je travaille, j’ai une vie sociale, je profite des sources de divertissement de la vie parisienne, en un mot, je vis.

Je pourrais leur répondre (oui, je fais les questions et les réponses) : « quel est le modèle que vous me proposez ? » Celui du mec qui va en soirée et qui ne peut pas concevoir de revenir seul, quitte à ce que ce soit un coup d’un soir ? ce modèle où la fille est réduite au rôle d’objet (de trophée en l’occurrence) ? Ou alors ce modèle où à la première dispute on se sépare parce que ça demande trop d’efforts de faire des concessions ? parce que l’autre empiète sur notre liberté ?

J’ai grandi (en tant qu’adulte) au gré des pérégrinations des héros de How I Met Your Mother (HIMYM). J’ai adoré cette série. Et pourtant je ne me retrouve en aucun d’entre eux. Je ne suis ni Barney et ses 250 (j’ai arrêté de compter) trophées (enfin le Barney d’avant Nora), ni Ted qui, mine de rien, en attendant de trouver « the one », s’en est tapé une sacrée quantité. D’un autre côté, si on considère que coucher est une activité comme une autre, au même titre que faire les courses et jouer au tennis, je conçois tout à fait ce mode de vie (si tant est que les 2 protagonistes aient la même conception des choses). Mais si les sentiments sont en effet ce qui nous distingue des animaux, alors il faudrait m’expliquer quel intérêt il y a à faire défiler des filles dans son lit, à part pour contenter son estime de soi puisqu’aux yeux des copains, il y a de quoi s’enorgueillir.

Après, on ne va pas non plus se mentir, être en couple est une aventure qui mérite d’être vécue. Une aventure comme beaucoup d’autres dont d’ailleurs certains couples se privent puisque dès qu’ils ont atteint l’objectif (comprendre le critère social), ils se renferment sur eux-mêmes.

Le célibat offre une liberté unique mais demande d’être le moteur perpétuel de sa vie. La vie à deux offre un équilibre et une source de joies que l’on ne peut connaître qu’en couple. Ces deux modèles existent, l’un ne prévaut pas sur l’autre, dommage que la société n’en reconnaisse qu’un.

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