Semaine 8 : jusqu’où le football se compromettra-t-il ?

Le football est de loin le sport le plus pratiqué au monde, le plus médiatisé (et donc le plus suivi, à moins que ce ne soit l’inverse) et de fait, le plus riche. Sport professionnel, il fait désormais plus souvent la une des journaux français en défrayant la chronique qu’en faisant soulever les foules par la qualité des résultats. Retour sur quelques « affaires » récentes et questionnement sur le rôle d’une star aujourd’hui.

Des exemples parmi tant d’autres

Si vous croisez quelqu’un dans la rue et que vous lui demandez le résultat de Lille-Lyon hier soir, il y a peu de chance d’avoir la bonne réponse (1-0). Par contre, si vous lui demandez s’il connaît K. Benzema et S. Aurier, il se répandra peut-être sur ce qu’il pense des dérives des footeux.

K. Benzema est mis en examen dans une affaire de chantage au sujet d’une vidéo « intime », affaire dans laquelle il aurait servi d’intermédiaire entre certains de ses amis et un autre joueur, M. Valbuena. Sa mise en examen a entraîné une suspension à titre conservatoire de sa participation en équipe de France.

Entre novembre et janvier, cette affaire a fait l’objet de nombreux articles. Mais alors que le soufflé retombait petit à petit, une autre affaire a pris le relais (car tel est le quotidien malheureux du football). S. Aurier, très actif sur les réseaux sociaux, a contribué, avec un de ses amis, à la réputation de l’application Périscope dans une vidéo inqualifiable où il joue le caïd en ridiculisant « co-équipiers » et entraîneur.

Des proies faciles

Depuis, beaucoup de parallèles ont été faits entre ces deux affaires, en particulier sur les « entourages » de ces deux joueurs, sortis de quartiers défavorisés grâce au football mais qui ont gardé certains contacts de leur enfance, ce pour quoi on peut d’ailleurs plutôt les féliciter, tant certains nouveaux riches ont tendance à oublier leurs anciens amis pauvres.

Mais le problème est là : le footballeur, qui a sacrifié une bonne partie de sa jeunesse a courir après un ballon pour faire partie du cercle très restreint des élus à passer pro, peut se retrouver démuni face aux sollicitations. Il y a les amis d’enfance donc, qui peuvent y voir l’argent plus que la relation humaine. Il y a les rapaces qui vont se rendre indispensables aux yeux du joueur par de belles paroles : aujourd’hui, un footballeur, c’est aussi un agent caché derrière, et éventuellement d’autres intermédiaires comme les « chaperons », censés veiller à ce que le joueur file droit pour ne pas perdre en valeur monétaire. Il y a aussi la famille, qui a parfois tout sacrifié aussi pour permettre au gamin de vivre son rêve et qui n’est pas toujours préparée à gérer des millions.

Il est sûr que le sport qui fait le plus parler de lui pour ses frasques extra-sportives dans l’Hexagone est le football. Parmi les affaires les plus récentes liées à des plaisirs charnels, il faut souligner que certains ont été relaxés. Cela appelle à deux commentaires : le premier est que tout footballeur avec ses faiblesses évoquées ci-dessus est une proie facile pour qui voudrait récupérer un peu d’argent en se faisant passer pour les victimes de ces prédateurs sexuels. Le second est que la machine a tendance à s’emballer en dépit de la présomption d’innocence.

Un autre point commun entre les affaires Benzema et Aurier et la propension de ce milieu à défendre les brebis égarées. Pour Benzema, combien de footballeurs (et d’ex-footballeurs) se sont empressés de clamer dans les médias à quel point Benzema était indispensable à l’Equipe de France ? Parmi ses fervents défenseurs, Benzema peut compter sur Zidane, accessoirement son entraîneur de club. Pour ce qui est de la présomption d’innoncence, Zidane est mal placé, il y a à peu près un milliard de témoins de son coup de tête en finale de la Coupe du Monde. A défaut d’être un modèle, il préfère plutôt le soutenir en affirmant que l’Equipe de France ne pouvait se passer un joueur aussi bon.

Comme si quels que soient les agissements de l’homme, le joueur quant à lui était irréprochable. Et bien non, dans le sport, on ne doit pas gagner à n’importe quel prix ! Citons F. Thiriez, président de la Ligue, (pour une fois que je suis d’accord avec lui) qui dans une tribune prône l’exemplarité aux dépens de la performance.

Le rôle du football professionnel

Car le problème de fond le voilà : quel rôle veut jouer le football dans la société d’aujourd’hui ? Par sa médiatisation démesurée, par l’engouement inégalable de la jeunesse, par la facilité de sa pratique, par son universalité, le monde du foot ne peut pas faire comme si son influence était négligeable.

Comme on dit souvent, tout le monde connaît Pelé mais qui sait que Dilma Rousseff a succédé à Lula à la présidence du Brésil ? Le footballeur accède au monde professionnel, obtient le salaire qui va avec mais en échange devient prisonnier de sa célébrité. Pour de nombreux jeunes, le foot est autant un modèle de vie qu’un ascenseur social. Les exemples d’enfants issus de milieux défavorisés et devenant millionnaires grâce au foot sont légion de par le monde. Les enfants de 2016 vivent au rythme des matches de leurs idoles mais observent attentivement leur vie en général, leurs frasques en particulier.

Alors quand Zidane termine sa carrière sur un coup de tête, qu’en retient le jeune devant sa télé ? Et bien qu’il peut lui aussi donner des coups de tête sur les terrains, ce n’est pas si grave, Zidane l’a fait. Quand Anelka insulte le sélectionneur de l’Equipe de France en 2010 et que les autres joueurs font grève pour le soutenir ensuite ? Quand des footballeurs sont pris dans les bras d’une autre femme que leur épouse voire même d’une mineure ? Quand Ibrahimovic traite la France de « pays de merde » ? Quand Aurier traite son entraîneur de « fiotte » ?

Qu’ils le veuillent ou non, les footballeurs professionnels, épiés à chaque moment d’intimité, lors de chaque déclaration, ont un rôle socio-éducatif hérité de l’aura qu’ils ont auprès des jeunes. Comme chaque être humain, ils ont des droits (dont la présomption d’innocence). Mais la renommée les oblige à un devoir d’exemplarité. Et tant qu’ils refuseront d’assumer ce rôle en profitant de la vie (qui parfois ne les a pas gâtés dans leur jeunesse) au mépris de tout bon sens, le football continuera sa longue descente aux enfers. Un sport magnifique, un sport d’équipe, devenu un business sans valeurs morales, une addition d’individualités, pourri de la racine (les centres de formation) à sa tête (vive la FIFA). Sans une prise de conscience collective, il est voué à continuer de faire la une des tabloïds …

[EDIT le 1er mars : à lire sur le même sujet, un article sur le Bondy Blog]

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