Semaine 5 : à quoi sert une fédération sportive ?

Les adhérents des clubs ne savent pas nécessairement qu’ils font partie d’une fédération. D’autres se demandent par ailleurs à quoi servent les fédérations sportives puisque du moment qu’eux-mêmes peuvent pratiquer leur sport, tout va bien. Et pourtant, le dynamisme d’une fédération rejaillit inévitablement sur la totalité des pratiquants.

Quand on s’inscrit dans une association sportive, chacun avec sa motivation propre et ses attentes, on intègre une structure, avec des dirigeants, des bénévoles et parfois des salariés. Il serait d’ailleurs intéressant de faire un sondage dans chaque association pour savoir si tous les adhérents en connaissent l’organigramme et s’ils connaissent les noms de ceux qui s’activent pour leur bien.

Sur les 220.000 à 250.000 associations liées au sport en France (selon les études, ici ou ), la majorité sont affiliées à une fédération nationale (165.248 en 2014 selon le ministère des sports). Le milieu fédéral est généralement structuré en comités départementaux et/ou ligues régionales, mais est généralement mal connu des pratiquants.

Licences et affiliations, la partie émergée de l’iceberg

Le règlement des frais d’inscription à une association sportive affiliée se décompose en deux : une partie (la licence) est reversée intégralement à la structure fédérale et le reste (la cotisation) permet au club de financer la pratique. Je ne saurais d’ailleurs que trop recommander à toutes les associations d’afficher sur leurs fiches d’inscription le montant de la licence pour rappeler à l’adhérent que tout ne va pas dans la caisse du club.

D’une année sur l’autre, les augmentations des frais d’inscription sont plus souvent la répercussion d’une hausse de licence que de cotisation. Et c’est là que généralement on entend d’un côté les dirigeants se plaindre qu’ils sont tributaires de leur fédération et d’un autre côté les adhérents remettre en question l’utilité de l’affiliation.

« Dans certaines disciplines, les associations sportives sont très critiques quant au soutien et à l’accompagnement qu’elles reçoivent de la part des fédérations. Les cotisations ne font qu’augmenter […] » (M.-F. Beaufils, commission des finances du Sénat)

C’est une mécanique implacable : si les subventions allouées à une fédération baisse ou si elle développe de nouveaux projets, elle utilise le montant de la licence comme variable d’ajustement ; de même pour les ligues et comités. Les clubs, derniers maillons de la chaîne, répercutent cette hausse sur le montant de l’adhésion. Les adhérents, eux, n’ont personne vers qui se tourner et subissent donc l’augmentation dont ils ne voient pas les bénéfices directs, là où une augmentation de la cotisation peut être jaugée sur le terrain par la mise en place de projets concrets propres à l’association.

D’où un certain ressentiment à l’égard des fédérations, souvent associées uniquement à la pratique de la compétition (s’il y a lieu) et au haut-niveau. Pourtant, les politiques le rappellent régulièrement lors de leurs débats : outre le haut-niveau, les fédérations sportives ont un rôle à jouer dans l’éducation de la jeunesse, par la transmission de valeurs, d’une discipline et la pratique en collectivité.

Les retombées indirectes

Mais alors qu’a à gagner un pratiquant loisir de l’existence de sa fédération ? Tout.

En premier lieu, les dirigeants fédéraux construisent une politique permettant de valoriser la discipline, son impact sur la santé ou l’éducation des jeunes, d’expliquer ses besoins spécifiques en termes d’infrastructures ou d’emplois, car tous les sports ne se pratiquent pas de la même manière. Pour que les décideurs prennent en compte ces facteurs, il faut avoir une représentation importante auprès d’eux. Dans le cadre des études réalisées par M. Juanico pour l’Assemblée Nationale et par M. Guillaume pour le Sénat, certains présidents de fédérations ont été auditionnés et leurs revendications propres écoutées voire prises en compte.

Ainsi quand l’opportunité se présente, un soutien logistique ou financier peut être apporté au sport représenté. Et si le ministre parle de tel sport, les mairies peuvent accorder une écoute plus attentive à l’association locale pratiquant ce sport. Le pratiquant de cette association sera alors ravi d’avoir des créneaux supplémentaires ou un gymnase plus adapté. Le processus n’est bien évidemment pas aussi simple, mais l’implication de la fédération de tutelle est une étape indispensable en ces temps de restriction. Les résultats des joueurs de haut-niveau en sont une autre, tout aussi indispensable, car rien de tel qu’une dynamique initiée par des performances mondiales.

Un autre bienfait fédéral est la construction et la coordination d’une politique globale sur le territoire. Pour pratiquer dans de bonnes conditions, un encadrement technique peut être nécessaire. Sans les formations dispensées par le milieu fédéral et bénéficiant de l’expertise d’études menées au niveau national, la qualité de l’encadrement serait bien moindre.

De même, on réduit souvent l’adhésion à une association sportive à la simple pratique sur le terrain. Mais il y a de multiples pratiques de sa passion d’un sport à travers le bénévolat, activité à part entière : la gestion de l’association, l’encadrement, l’arbitrage, l’organisation d’événements, … En entrant dans une association, l’adhérent n’imagine pas nécessairement la diversité des sources d’épanouissement à sa disposition. Pour chacune de ces pratiques, le milieu fédéral forme et met en valeur.

Une fédération, enfin, est un trésor à disposition des associations. D’une part en lançant des dispositifs avec du matériel pédagogique qui peuvent être déclinés localement, par exemple auprès de publics spécifiques oubliés. D’autre part, par le recensement des bonnes pratiques ou des projets innovants, la fédération offre des idées qui peuvent être mises en place par d’autres. Prenons comme exemple la pratique handisport. L’expérience acquise au travers de projets pilotes permet ensuite de publier des fiches méthodes pour un accueil adapté ainsi que l’édition de notes pour la mise aux normes des conditions d’accessibilité. Cela serait rendu impossible ou tout du moins fastidieux sans l’existence de la mécanique fédérale.

Cela n’exonère pas certaines dirigeants de fédérations dont les dérives font les titres des journaux régulièrement (on ne citera pas le football ou le tennis). Tout n’est pas parfait au sommet des instances fédérales mais le monde associatif se doit de promouvoir l’importance des fédérations en informant les pratiquants de leur influence sur leur quotidien. Chaque club fait partie d’un grand ensemble uni dans un seul but, le développement de la pratique.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *