Semaine 4 : le petit bonhomme vert

Il n’est nullement question dans cet article d’extra-terrestre (ni de sport d’ailleurs). Il découle d’une observation faite au cours de mes voyages à travers les grandes métropoles. Le comportement des parisiens est un sujet d’étude passionnant. Le petit bonhomme vert, à défaut de venir de Mars, occupe les deux bouts de la majorité des passages piétons.

En marchant dans la rue …

Vous marchez tranquillement dans la rue et vous vous retrouvez régulièrement face à des passages piétons dont l’accès est, pour certains, commandé par des feux bicolores. En France, le critère pour traverser n’est toutefois pas toujours la présence du petit bonhomme vert mais un rapide coup d’oeil du piéton.

N’avez-vous jamais observé une maman, arrêtée devant un passage piétons, expliquant à son enfant le rôle des petits bonshommes vert et rouge, se faire bousculer par un piéton qui passe au rouge ? Quelle portée peuvent alors avoir les recommandations de la maman ? Quel comportement adoptera l’enfant à l’avenir, alors que ses facultés de discernement ne sont pas celles d’un adulte ?

Que traduit ce comportement, ancré en France et hautement méprisé en Allemagne et dans les pays scandinaves ? Pourquoi ne pas attendre tranquillement que le petit bonhomme passe au vert, comme on le fait en voiture ? Car bien sûr, même si la visibilité est dégagée, il ne viendrait pas à l’esprit d’un conducteur de passer si le feu est rouge (sauf peut-être chez certains dans la seconde qui suit le passage au rouge).

Pourtant, d’après un rapport de l’OMS, 22% des morts sur la route sont des piétons. Pire, d’après une étude réalisée en Île-de-France, la majorité des piétons tués le sont sur des passages dédiés (32.9%). Dans ces deux documents, les facteurs considérés concernent essentiellement les aménagements de zones de passage et le comportement des conducteurs. Mais de plus en plus, le comportement des piétons sera à prendre en compte, en particulier la distraction par les téléphones portables.

Mais finalement, en dépit des risques et du code de la route auquel le piéton est astreint (comme tous les utilisateurs de la route, sous peine d’amende), pourquoi passent-ils au rouge ? Peut-être est-ce une certaine culture de la rébellion contre les règles, là où les allemands sont rigoureux quant à leur application. Mais le sentiment que j’ai, surtout à Paris, est que les piétons sont tous engagés dans une course contre la montre, que chaque seconde de perdue (au pire une vingtaine en France, une quarantaine en Espagne, à attendre le retour du petit bonhomme vert) ne sera pas rattrapée, que la vie en dépend. C’est malheureusement le rythme parisien, conditionné par les temps de trajet et la crise de la productivité, qui semble imposer sa loi et le piéton en est prisonnier, reproduisant sans même y réfléchir ce que ses semblables font autour de lui.

… ou en conduisant …

Mais revenons aux conducteurs, car il n’est pas question de les dédouaner de toute responsabilité dans les accidents de la route. La quête de gain de temps permanent s’applique également à ceux qui sont derrière le volant. Je ne m’étendrai pas sur la densité démentielle du trafic parisien, que la municipalité élue en 2014 entend combattre en réduisant le nombre de voies et en supprimant le stationnement gratuit en août …

Quand un piéton se présente aux abords d’un passage, le code de la route, récemment révisé, le conducteur doit lui laisser le passage. La formulation retenue par le législateur (« piéton s’engageant régulièrement dans la traversée d’une chaussée ou manifestant clairement l’intention de le faire« ) impose donc l’arrêt du véhicule même si le piéton n’est pas encore engagé.

Promenez-vous dans les rues de Lille ou de Séville et vous pourrez sereinement emprunter les passages piétons auxquels les conducteurs vous laissent volontiers l’accès. Vous pourrez même au passage leur fait un signe de tête ou un sourire. A Paris en revanche, je ne peux que vous enjoindre à respecter scrupuleusement les feux et même à y regarder à 3 fois avant de traverser, surtout aux carrefours où le conducteur, déjà tout heureux d’avoir passé le feu pour tourner à gauche, aura très envie de ne pas vous laisser passer.

Ce sont des pratiques qui progressivement modifient l’usage, en dépit des lois. Tout le monde le fait alors pourquoi pas moi ? Et pourtant, pourquoi ne pas prendre le temps, pour que tous les usagers de la route cohabitent ensemble ? A Paris, le stress et le trafic rendent ce vœu totalement utopique.

… ou dans le métro

Passons sous terre. On pourra croire à un peu de répit dans la course effrénée contre le temps mais non, c’est même pire. Le comportement des passagers du métro parisien défie parfois l’entendement. Qu’en banlieue, celui qui a 1 train toutes les 20 minutes seulement hâte le pas quand il le voit arriver, parfois aux dépens des règles, peut éventuellement se comprendre. Mais que sur la ligne 4, pour laquelle un train circule toutes les 2 minutes, un utilisateur court et se jette dans la rame sans la moindre attention pour ses camarades de transport est beaucoup plus difficile à défendre.

La fermeture des portes est marquée par un signal sonore. Il est précisé sur toutes les affiches collées à proximité des portes que l’usager ne doit alors plus monter et doit attendre le train suivant. A Lille, les gens s’arrêtent et attendent tout à fait naturellement. A Paris, c’est au contraire le signal d’une agitation collective où toute l’équipe se bouscule pour accéder à la rame, bloquant ainsi les portes et retardant la centaine de passagers pour … éviter 2 minutes d’attente. C’est un réflexe plus qu’une réelle envie de nuire ou une impression de nécessité absolue, issu du conditionnement parisien.

Alors sur les trottoirs, sur la route ou dans le métro, réalisons qu’arriver à l’heure au boulot ne justifie pas de s’asseoir sur les règles (et les orteils des voisins). Comme la tortue face au lièvre, prenons de la marge. Et reprenons le dessus sur le conditionnement du temps. Le temps que l’on s’offrira ainsi nous apportera plus de sérénité, l’occasion d’étudier notre environnement et d’être maître de chacun de nos pas.

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