Semaine 3 : le sport est indispensable à la société

« Mens fervida in corpore lacertoso », version assumée par Pierre de Coubertin du « mens sana in corpore sano » qui n’avait pas du tout le sens qu’on lui donne communément. Le sport a des bienfaits évidents sur la santé et la construction de l’être humain. Et pourtant, à la lecture de cet article de Contrepoints, on finirait par l’oublier. Petit contre-argumentaire pour justifier l’utilité de l’argent public dans le sport.

Je suis tombé par hasard sur cet article qui m’a fait bondir au plafond. Si les rapports de la Cour des Comptes apportent un éclairage dont il faut évidemment tenir compte, il existe d’autres éléments à considérer pour juger de la pertinence de la politique budgétaire de la France à l’égard du sport. A aucun moment l’auteur ne met en avant les retours sur investissement du contribuable. Je reprends donc dans la suite quelques arguments de l’article en mettant en avant leur caractère purement théorique car coupé de la réalité du terrain.

Quelques chiffres (voir le Stat-Info n°15-01 du ministère)

En arrondissant les chiffres, pour l’année 2012, la France, dont le PIB s’élève à un peu plus de 2.000 milliards d’euros et la dépense publique à un peu plus de 1.150 milliards, a dépensé environ 36.5 milliards pour le sport répartis en :

  • 16.3 milliards par les ménages (45% de la dépense globale en sport, 0.78% du PIB),
  • 12.1 milliards d’aides de la part des collectivités (33%)
  • 3.9 milliard de salaires des enseignants en sport (11%)
  • 139 millions alloués aux associations via le CNDS (0.38%)
  • 120 millions dédiés aux équipements sportifs via le CNDS (0.33%)
  • 82 millions de subventions aux fédérations (0.23%) – voir article précédent

Autant dire que traiter le CNDS de « rapace budgétaire » semble quelque peu exagéré à mes yeux. S’il est vrai que chaque euro dépensé aujourd’hui doit faire l’objet d’une justification, le soutien aux projets associatifs via le CNDS est une goutte d’eau pourtant indispensable à la survie des clubs sportifs. A noter que Valérie Fourneyron, à son arrivée au ministère en 2012, avait réformé le CNDS pour le recentrer sur sa mission principale, à savoir le développement du sport pour tous et non pas au profit du monde professionnel.

De même, le soutien des collectivités consiste essentiellement en des subventions versées aux associations pour leur fonctionnement, subventions qualifiées ici « d’agapes » ! Il s’impose toutefois aux associations de renouveler leurs modèles économiques pour pallier la baisse progressive des aides publiques en regardant du côté du secteur privé pourtant affaibli par la crise.

En ce qui concerne la mauvaise gestion immobilière des collectivités, je n’ai aucune légitimité pour juger donc je donne ma confiance au rapport de la Cour des Comptes.

A noter que l’Institut Montaigne n’évoque même pas le sujet du sport dans son rapport annuel sur l’efficacité de la dépense publique.

L’emploi

Le chômage étant ce qu’il est en France, le fait que le sport soit créateur d’emplois n’est pas anodin (+10% entre 2008 et 2012 dans le domaine des activités caractéristiques du sport). Certes, cela n’aurait pas été possible sans l’investissement du ministère des sports via le dispositif « Emploi CNDS » qui, soit dit en passant, est une aide dégressive sur 4 ans  (et non pérenne) pour la création d’emplois uniquement.*

Les associations concernées sont le plus généralement de type « Loi 1901 » donc à but non lucratif. Créer un emploi engendre une hausse significative de budget que l’augmentation des cotisations, souvent seule variable d’ajustement, ne suffit généralement pas à couvrir. L’emploi sportif s’impose dans la vie d’une association soit par un accroissement significatif du nombre de licenciés, soit par le lancement d’une politique de développement incluant des projets socio-éducatifs que les bénévoles ne peuvent pas assumer en totalité. L’autonomie financière initiale n’étant pas accessible, l’Etat intervient (à hauteur de 40% environ). Et c’est grâce aux retombées du travail accompli par le salarié que l’association peut progressivement assumer le poste.

Cependant, le chant des sirènes du CNDS ne doit pas donner l’envie aux dirigeants sportifs de mettre la charrue avant les boeufs. Recruter n’est pas une finalité mais un moyen. Ce n’est pas la subvention qui motive l’emploi, ce sont le projet de développement et le plan de financement qui en découle qui doivent en être à l’origine. Sinon, l’unique horizon est le licenciement avant même le terme de l’aide d’Etat. L’étape préliminaire de structuration de l’association est donc indispensable avec la rédaction de tous les documents permettant d’évaluer la réalisation des projets.

* L’aide n’est pas dégressive dans le cas d’actions prioritaires comme dans les Quartiers Prioritaires de la politique de la Ville (QPV). Depuis 2016 et pour la première fois, cette aide de 4 ans peut être prolongée 1 an ou 4 ans pour permettre à l’association de pérenniser l’emploi.

Haut-niveau

Venons-en à l’aspect « haut-niveau » décrié dans l’article. La France oscille entre la 7ème (2012) et la 10ème (2008) place lors des Jeux Olympiques. Mais si l’on rapporte le nombre de médailles à la population du pays, la France n’a pas à rougir (2ème du TOP10 en 20008). Et j’avoue ne pas avoir les données de la dépense publique en matière de sport de tous les pays qui participent aux JO. Il est donc difficile de statuer.

Ce qui est sûr, c’est que les événements sportifs sont les plus médiatisés au monde (JO puis Coupe du monde de football). Quoi que l’on pense du fait de regarder des gens à la télé courir après un ballon, tourner en rond ou se renvoyer un projectile pendant des heures, il faut admettre que le sport a un impact sur la vie des terriens. Et en dépit du chauvinisme légendaire des français, il y en avait plus d’un devant la finale de la Coupe du monde 2014 où pourtant la France était absente.

Le sport professionnel offre un spectacle qui permet de sortir du quotidien et de vibrer, de partager des émotions, de rêver. Certes, les résultats des français ne sont pas toujours à la hauteur des attentes. Mais ce qui fait la beauté du sport est qu’il ne suffit (normalement) pas de dépenser des millions pour gagner à la fin.

Le grand oublié : le pratiquant

Déclarer que la « diminution de l’aide publique au sport amateur et professionnel serait une aubaine pour le contribuable » est une négation de c’est qu’est l’âme de la France. Les impôts prélevés sur le compte d’un contribuable lui permettent de pouvoir pratiquer parmi une très grande diversité de disciplines sportives et dans de bonnes conditions. Et alors me direz-vous, tout le monde n’aime pas le sport !

Dans une société que l’on taxe régulièrement d’individualiste, on ne peut nier les avantages de la vie associative et du bénévolat qui lui est associé. Dans une société où la solitude est une cause nationale, on ne peut nier l’intérêt de pouvoir se retrouver en groupe pour la pratique hebdomadaire. Dans une société qui connaît des problèmes de mixité, on ne peut nier que le sport représente un formidable lieu d’intégration car il dépasse les clivages de langue ou de culture. Outre les bienfaits du sport sur la santé physique, il y a avant tout un aspect social enrichissant. Dans une étude américaine présentée ici (ou ici en français), on constate que bien avant les questions d’esthétique, ce sont les effets sur l’esprit qui motivent les sportifs.

Et pour conclure, je souhaite livrer mon avis sur les bienfaits que la pratique d’un sport peut avoir sur les enfants dans leur processus de construction. Les emplois d’encadrants sportifs dans les associations sont souvent dédiés à la pratique des jeunes, pour leur donner un cadre que l’école et la télévision ne donnent pas. Je reste persuadé que si tous les jeunes français étaient adhérents d’une association sportive (adhérents au sens pratiquants et membres actifs, conscients de la structure bénévole et salariée qui leur permet de pratiquer), la société se porterait mieux. Plutôt que de les laisser livrés à eux-mêmes dans la rue ou sur Internet, offrons-leur des activités physiques bien encadrées, avec la transmission de valeurs de mixité et de respect, le goût de l’effort, la pensée en équipe.

Alors comme le rapporteur de la commission des finances du Sénat sur le soutien aux fédérations sportives, Didier Guillaume, le préconise, augmentons le soutien de quelques millions pour permettre aux structures amateurs d’accomplir cette mission magnifique de formation de la jeunesse et construisons de belles salles de sport.

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