Semaine 2 : tous les sports ne sont pas égaux

On parle souvent de sport plutôt que des sports, car on préfère voir les points communs (transmission de valeurs, d’une discipline de vie, d’une ouverture d’esprit à la diversité) que les différences qui existent entre les différentes disciplines. Mais il faut concéder que, quelle que soit la force de la dynamique socio-éducative d’un sport, il est confronté à des inégalités flagrantes en termes de soutien.

L’humanité n’est pas née avec un lot exhaustif de disciplines sportives. L’Homme les invente au gré de son histoire. Entre les Jeux Olympiques antiques et les JO modernes, il y a eu de nombreuses modifications du fait de l’apparition de nouveaux sports, avec en particulier l’avènement des sports collectifs alors que les disciplines antiques étaient réputées individuelles.

Mais au-delà de l’invention des disciplines, le facteur discriminant reste l’implantation sur un territoire. Le tennis de table est ancré dans la société chinoise alors qu’elle l’est très peu en Europe. De même, le base-ball déchaîne les passions outre-Atlantique mais très peu chez nous. Les derniers arrivés sont les derniers servis, que ce soit en termes de créneaux et de subventions.

Les choix du secteur public …

Les fédérations sportives ont principalement deux raisons d’être dans les textes officiels : l’éducation des jeunes et le développement du haut-niveau. Les critères retenus pour les attributions d’aides financières sont officiellement le nombre de licenciés et le potentiel en termes de reconnaissance mondiale (championnats du monde, jeux olympiques). Mais dans les faits, l’antériorité est un facteur inévitable. A budget constant (voire en baisse), attribuer une subvention plus importante à une fédération nécessite d’en déshabiller une autre (voir dernière partie ci-dessous). C’est le cas pour toutes les échelles. Les municipalités ont des choix à faire chaque année dans le soutien qu’elles accordent aux associations locales, reconduisant généralement la répartition de la saison précédente. Une remise à plat en fonction de la réalité des projets des associations et basée, entre autres sur

  • la mise en place de projets socio-éducatifs réalistes
  • l’évolution du nombre de licenciés et nombre de personnes sur liste d’attente
  • le nombre d’ETP (emploi temps plein)
  • l’obtention de labels fédéraux ou ministériels
  • le dynamisme en partenariat avec le tissu économique local

demanderait une implication importante des services des sports mais aussi un courage politique. Les rigueurs budgétaires actuelles permettent de légitimer les statu quo et l’absence de choix.

Pour exister, un club nouveau doit donc à la fois croître pour peser plus lourd, avoir des résultats pour faire briller le nom de la ville tout en se contentant des miettes de créneaux restantes. Autant dire qu’il faut s’armer de patience et d’abnégation. Seule la construction de projets à long terme, basés simultanément sur l’impact éducatif du sport et sur la structuration de la pratique de compétition, permet de bousculer la hiérarchie locale.

… riment avec ceux du secteur privé

Il n’y a toutefois pas qu’au niveau des soutiens publics qu’il y a une discrimination. Il en est de même dans le domaine privé. En ce qui concerne la médiatisation en premier lieu, les retombées financières sont extrêmement inégales, monopolisées par quelques disciplines (football, tennis, rugby) au détriment de toutes les autres. Il faut là aussi un courage certain pour décider de diffuser une discipline originale, quand bien même elle jouirait d’une croissance importante et serait porteuse d’un vrai message pédagogique, là où le football brille tristement par les scandales successifs offerts à une jeunesse en quête de modèles mais jouit de recettes indécentes par la télévision.

En second lieu, les soutiens privés sont en quelque sorte prisonniers de cette médiatisation. Sponsoriser un club local accroît la visibilité de l’entreprise à condition qu’il y ait des résultats de premier plan. La solution du mécénat, totalement désintéressé et ayant pour but unique de soutenir une dynamique éducative ou solidaire, se fait plutôt rare en temps de crise économique. Les dispositifs de réduction fiscale n’y font malheureusement pas grand chose.

Et pourtant, cela existe. Il existe des mairies qui récompensent l’implication de clubs dans la politique jeunesse de la ville. Il existe des entreprises qui se retrouvent dans les valeurs prônées par certaines associations et qui préfèrent financer des projets précis plutôt que de les donner en impôts à l’Etat. Rien n’est figé, mais il faut redoubler d’efforts en termes de projets et ne jamais tomber dans la routine.

Sans parler des infrastructures

Il serait illusoire de dire que toutes les disciplines peuvent se pratiquer ex nihilo. On peut jouer au foot dans la rue, c’est une des raisons de sa popularité universelle. Pour la natation ou le ski, c’est plus compliqué dans la rue. Les sports de plein air sont plutôt favorisés par rapport aux sports d’intérieur. Sur les 265.000 équipements recensés dans les « chiffres-clés du ministère des sports 2014 », la majorité (16.7%) sont des terrains de grands jeux (foot, rugby, …) devant les courts de tennis (15.6%). Les gymnases ne représentent que 6.7% et les piscines que 2.6%. Ce constat est bien sûr variable d’une région à l’autre, comme en Île-de-France où les choses se rééquilibrent.

Mais il y a plus inquiétant. D’après les « chiffres-clés de l’IRDS 2015 », la moitié des 25.000 équipements sportifs franciliens ont été construits avant 1984. A titre d’exemple, le Val d’Oise n’a construit que 7 équipements sportifs ces 10 dernières années. Il est certain qu’on ne va pas reconstruire une infrastructure tous les 20 ans et ces chiffres n’intègrent pas nécessairement les rénovations. Mais compte-tenu de la croissance de la population, cela signifie nécessairement une baisse de l’offre sportive ou tout du moins une diminution de la qualité de la pratique. Quand on sait que le badminton est un sport qui a connu un essor sans précédent dans les années 2000 et que sa pratique nécessite des conditions de luminosité ou de hauteur de plafond spécifiques, on peut penser que la majorité des gymnases ne sont pas adaptés. Pour répondre à l’engouement du public, il faudra faire des choix à l’avenir, que ce soit au niveau local ou au niveau national.

Une répartition des subventions ministérielles difficile à lire

Pour aller plus loin, le tableau ci-dessous recense les fédérations sportives olympiques françaises (et le squash), le nombre de leurs licenciés et les subventions attribuées par le ministère des sports au titre de l’année 2014 (sources : « Effort financier de l’Etat en faveur des associations 2016 », programme 219 et INSEE).

SportLicenciésPos. Lic.Subv.Pos. Subv.Subv. / lic.Pos. Ratio
Athlétisme 265455122 747 690 €610.3516
Aviron43183252 782 790 €564.443
Badminton18092914998 100 €205.5124
Basket-ball50418762 023 106 €124.0126
Boxe 4453424994 302 €2122.3211
Canoë-kayak42955262 613 959 €860.855
Cyclisme118871172 941 775 €324.7410
Equitation6890433797 000 €251.1529
Escrime55000202 422 486 €1044.047
Football201800311 326 717 €150.6531
Golf4083887602 364 €291.4728
Gymnastique 298879102 282 015 €117.6321
Haltérophilie5326822596 500 €3011.1914
Handball51557152 988 066 €25.7923
Hockey sur gazon1579930679 662 €2843.018
Hockey sur glace2013828939 300 €2246.646
Judo62589642 541 686 €94.0625
Lutte18747291 319 330 €1670.372
Natation30401792 859 750 €49.4019
Pentathlon moderne 89131533 355 €31598.601
Rugby3278188906 000 €232.7627
Ski130393164 048 930 €131.059
Sports de glace25917271 597 910 €1361.654
Squash29853"32"324 500 €"27"10.86"15"
Taekwondo5365321819 968 €2415.2812
Tennis108539921 007 490 €190.9230
Tennis de table202352131 176 935 €175.8122
Tir171457151 438 073 €148.3820
Tir à l'arc7291419726 665 €269.9617
Triathlon4671823689 705 €2714.7613
Voile 272595112 709 801 €79.9418
Volley-ball 97837181 028 000 €1810.5015

Il est difficile d’établir une corrélation entre les différentes données. Lorsque l’on compare subventions et nombres de licenciés, on arrive à des surprises de taille, comme le pentathlon moderne dont la subvention paraît démesurée. Pour les fédérations de ski et des sports de glace, les montants s’expliquent par le fait qu’elles regroupent de nombreuses disciplines et autant de cadres techniques.

En ce qui concerne les fédérations les plus « importantes », la politique a changé sous l’impulsion de Valérie Fourneyron du fait des ressources très importantes dont disposent ces instances. Le football a ainsi perdu en 2 ans la moitié de sa subvention.

A la lecture de ces statistiques, il paraît évident que le potentiel de médailles olympiques joue. Dans le TOP5, on retrouve l’aviron et le cyclisme pourtant loin au classement des effectifs. De même pour le canoë-kayak (8ème) et l’escrime (10ème), pourvoyeurs historiques de médailles aux JO (en dépit du 0 pointé de l’escrime à Londres en 2012 dans un contexte interne délétère). Le squash français, non olympique mais qui brille depuis de nombreuses saisons au plus haut-niveau mondial (T. Lincou puis G. Gaultier, C. Serme), n’arrive qu’en 27ème position.

Rio 2016, en ligne de mire, accentuera certainement ce constat d’inégalités, sauf si le dynamisme de certaines fédérations sur le sport responsable, l’année du sport de l’école à l’université ou le sport santé finit par payer.

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