Semaine 1 : nouveau départ

La France a changé en 2015, par la force des événements. Mais la peur ne doit pas nous faire oublier que dans nos associations, les gens communient autour des valeurs que notre pays incarne. Tirons une force nouvelle du mouvement associatif trop peu audible mais source d’épanouissement.

Il y a 1 an, des symboles de notre société tombaient sous les balles d’un combat aveugle et sans fondement. Malgré le vent de solidarité qui a balayé le monde, le 11 janvier, le quotidien avait très vite repris le dessus, avec ses divisions, ses dissensions, son communautarisme, puis l’oubli du traumatisme, là où nous aurions pu fonder, sur les ruines de la liberté d’expression, une société nouvelle, solidaire, tolérante, unie. Si la vérité sort de la bouche des enfants, ce furent surtout les premières fissures de cette utopie qui y apparurent. « Ils le méritaient, on ne va pas les pleurer … ». Comment un enfant de 10 ans peut-il penser qu’un être humain mérite de mourir, si ce n’est par le conditionnement d’une éducation à charge contre la France et ses symboles ?

10 mois plus tard, au-delà des symboles, ce sont des anonymes qui sont tombés, de toute religion, de toute origine géographique, de tout milieu social. Et pourtant rien n’est si différent : la même horreur, puis les mêmes mesures sécuritaires, les mêmes gestes de soutien à travers le monde, les mêmes discours politiciens et aucun véritable horizon.

La plupart des jeunes qui n’étaient pas « Charlie » en janvier ont-ils jamais lu les textes sacrés ? La plupart des terroristes qui ont agi le vendredi 13 novembre connaissaient-ils l’origine de leur haine de la France ? Ne serait-ce pas ce ressentiment profondément ancré dans l’esprit de ceux qui ne se sentent pas acceptés tels qu’ils sont par la nation française ? Il ne faut pas que la France des lumières devienne un pays où les gens croient en la suprématie de l’homme blanc (il y en a pourtant chez nos politiques) et à la possession d’un territoire. Les frontières, aussi arbitraires soient-elles, ne sont pas faites pour nous sépare, car nous ne sommes pas si différents de chaque côté. La France ne peut nier son passé colonial qui permit d’avoir des soldats à envoyer en première ligne et des ouvriers à disposition. Mais les familles d’immigrés ne peuvent oublier que la France les a accueillis.

En finir avec les discours déconnectés de la réalité

Chacun a sa place dans cette nation française. Chacun peut y trouver le bonheur, mais cela ne passera que par l’acceptation des autres, de leurs qualités et leurs défauts, de leurs croyances, de leurs us et coutumes, dans un respect mutuel. Après ces jours de deuil, ce ne sont pas les hommes politiques qui devraient prendre la parole. Seul le bon sens doit parler. La société civile, avec ses forces, ses initiatives, est peut-être la seule à même d’ouvrir les yeux à ses membres. Car ce sont les consciences qui doivent évoluer, et aucune décision politique, aucune mesure de protection, aucun fichage, ne parviendront à créer la solidarité et l’osmose. Seules des paroles de vérité d’anonymes pourront percer les murailles des idées arrêtées, seuls les exemples concrets d’intégration réussie prouveront la possibilité d’un avenir commun dans une même nation.

Commençons par arrêter de stigmatiser les musulmans. Certes l’Islam est une religion qui n’occupait pas la même place à l’intérieur des frontières du royaume il y a 1000 ans (quoi que). Est-ce pour autant une raison pour mettre ses adeptes au ban de la société ? Est-ce une raison pour dégrader des mosquées dès le lendemain des attentats ? Chacun est libre de trouver du réconfort dans la religion de son choix mais il n’y a pas de religion au-dessus des autres. Aucune ne doit s’imposer aux autres ni imposer ses principes à toute une société. Le misonéisme est-il l’unique caractéristique des français ? Pourquoi le changement serait-il nécessairement porteur de malheur ? La culture française s’est toujours enrichie au contact des autres, le cloisonnement n’a jamais été source de progrès.

Les fondations de l’avenir : la richesse et le dynamisme du mouvement associatif

Le milieu associatif occupe une part importante en France avec ses millions de bénévoles et d’adhérents dans la culture, le sport ou l’humanitaire, un milieu discret qui cimente pourtant la société, un milieu qui accueille tout le monde sans distinction – tout du moins tous ceux qui adhérent aux principes des associations –, un milieu actif au service des français, les aidant, dans les affres de la vie quotidienne, à trouver ce bonheur auquel chacun a droit. L’avenir appartient aux bénévoles qui brillent par leur altruisme plutôt que par leur opportunisme, à eux qui rassemblent au lieu d’opposer.

Le milieu associatif doit aujourd’hui prendre le relais du monde politique pour transmettre un message de solidarité. Car leur parole porte plus, sur le terrain, que les longs discours tous semblables de ceux qui courent après le pouvoir. Au milieu de ce tissu associatif, il existe même un domaine qui pourrait être la solution à ces problèmes de coexistence : le sport.

Le sport représente un moyen formidable de transmettre des valeurs à la jeunesse d’aujourd’hui telles que la mixité, l’esprit d’équipe, le respect d’autrui et le fair-play ! L’éducateur sportif a désormais une plus grande emprise sur les jeunes que les parents ou les enseignants. Mais le milieu sportif doit encore évoluer pour accomplir cette nouvelle mission en intégrant les valeurs de la République dans le contenu pédagogique pour l’instant trop restreint à la technique. Formons les éducateurs sportifs à cette nouvelle pédagogie, ouvrons-leur de nouvelles voies éducatives pour compléter les missions de l’Ecole et des parents, incitons-les à mêler les problématiques sociétales dans la transmission de leurs connaissances technico-tactiques.

En élargissant son discours, les associations accueilleront des publics encore plus diversifiés et offriront aux jeunes l’opportunité de se réaliser en tant qu’être humain, en tant que citoyen, à travers un sport, quel qu’il soit. Les vertus de l’olympisme n’existent-elles pas pour rassembler tous les peuples au-delà des conflits ? Reposons-nous sur ce mouvement existant qui ne demande qu’à prendre de l’ampleur sans en avoir pleinement conscience.

Gagnons sur le terrain des idées plutôt que par le langage des armes. Si nous voulons un monde viable demain, sans l’appréhension de mourir à chaque coin de rue, si nous voulons profiter de notre existence, prenons conscience aujourd’hui du bijou que nous avons entre nos mains : un pays riche culturellement, riche en individus, riche en talents, riche en différences …

‘Les associations sportives locales ont un rôle majeur à jouer auprès des jeunes pour parler de laïcité et faire fi du communautarisme’ (Didier Guillaume, sénateur )

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